37+5

Et voilà.

Depuis cette date que je n'oublierais jamais de ma vie, le 1er décembre 2014, il s'est passé 37 semaines et 6 jours.

J'ai perdu les eaux le dimanche 30 novembre 2014, et accouché le lendemain, enceinte de 39 SA + 5 jours.

A partir de maintenant, Aaron a officiellement passé plus de temps "dehors" que "dedans".

Je me vois encore sortant de ma douche après une soirée de contractions, "encore du faux travail", j'avais l'habitude, ça faisait des semaines que je les avais, ces foutues contractions à peines douloureuses mais suffisamment présentes pour que je me pose la question, regarde mon téléphone, pendant 30 minutes, repérant qu'elles revenaient toutes les 5 à 6 minutes sans s'arrêter, puis commencer à m'alarmer, dégainer mon application contraction, les calculer pour de bon, voir que je ne m'étais pas trompée, au bout d'une heure hésiter à aller à la maternité, finalement enfiler un legging et des ugg -seules chaussures que mon 40 devenu 41 pouvait porter- en route pour St Maurice, attendre, se présenter, aide-soignante, raconter, analyse d'urines, s'installer, monito, sage-femme, contrôle, attendre encore, voir l'hésitation, aller se promener une heure dans le parc, accrochée sous le bras de mon mari, il est une heure du matin, on sait pas ce qu'il va se passer, mais c'est peut être bien pour ce soir, alors on marche, on oublie la fatigue, on chante Rihanna avec notre iphone en haut parleur comme les racailles dans le métro, on regarde le ciel noir, on s'arrête, j'ai une contraction, on fait le même tour, 10 fois de suite, sous les étoiles et la pluie, en caressant les arbres et en espérant que cette fois c'est la bonne.

Ah madame, vous revoilà, j'ai préparé le petit carnet de santé et votre dossier, on va regarder tout ça, et puis on va s'installer. Mais non madame, votre col n'a pas bougé d'un iota, ça alors, comment sont les contractions, un peu mieux, ah bon, ben vous pouvez rentrer chez vous alors.

Il est 2h du mat' et le mari bosse tout à l'heure, on a marché dans le froid, sous la pluie, pour rien, c'est fini, fausse alerte, un spasfon et au lit.

Ce soir du 30 novembre, contractions toute la soirée, et je me suis jurée de ne plus y aller sans un vrai signe, un signe du destin ou du bébé, de n'importe qui, mais LE signe qui me montrera que c'est parti, que mon bébé sera bientôt là pour de bon et qu'on y sera pas allés pour rien.

Déjà blasée, je vais sous la douche à 23h pour délasser mon ventre tendu, je mets l'eau à 40°C, mon kiffe ultime, et je laisse le jet fondre sur moi, les gouttes d'eau brûlantes perlent le long de mon bidon, ça fait du bien, je me détends enfin, je mets de la musique et me déhanche sur Beyoncé comme si j'avais 18 ans et faisait la fête en boîte pour la première fois. Joli spectacle. Je sors de la douche lovée dans mon immense peignoir doudou, je m'assois sur le rebord de mon lit et fais un petit tour sur mon portable, facebook, textos, google ("contractions de faux travail"), et puis je me rends compte qu'elles se sont arrêtées, tiens donc, je m'en doutais. Et puis, là il se passe un truc que les filles connaissent bien, je sens que j'ai une perte. Enfin, ça fait comme des pertes, c'est même un petit peu plus, remarque en fin de grossesse c'est le quotidien. Mais quand même. Je jette un oeil, c'est fastoche, je suis en peignoir. Transparent. Ok. Classique. Sans savoir pourquoi, j'ai un petit sourire qui s'est dessiné sur mon visage. Mon mari ne me voit pas, je suis de dos. J'attends. J'y pense, mais je n'ose y croire. Ca recommence. Quelque chose qui coule. Il me parlait mais je n'écoute plus. Je m'arrête de respirer. Ca continue. Je le sens. Je le coupe.
"Je crois que je suis en train de perdre les eaux."
Quand je le dis, c'est tellement beau, trop beau pour être vrai, que je m'en veux instantanément de m'être peut-être emballée et faire cette fausse joie à mon mari... et à moi même.
"Mais non? C'est pas vrai ? Allez, hop, prends ton sac c'est parti !"
"Attends, atteeeennnds!
-Attends quoi, on y va ! Ca y est !

Je me lève. Ca continue. Putain. C'est pas possible. Enfin. J'y suis. Je l'ai mon signe, il est là, je perds les eaux. Comme dans les films. Je rigole.

"A-ttends, je te dis ! Je vérifie..."

Là, je marche, et je me mets à déambuler dans le couloir, sur la pointe des pieds, jambes écartées, en grenouille, sautillant. Ca coule. Non stop. Je suis aux anges.

"Mais vérifie quoi ??? Mais arrête ! T'es en train de niquer le parquet en plus, stooooooppppp!"

Je sautille, je jubile, youpi, j'ai perdu les eaux, direction la mater, mon sac, ma boîte à papa, mon portable, hop un petit selfie devant le miroir pendant que le mari réunit les affaires, c'est parti, la la la la la, en plus il va naître le 1er décembre, c'est génial, c'est parfait, j'ai l'impression que c'est mon petit flocon de neige du matin de Noël qui pointe le bout de son nez, je ne pouvais pas rêver mieux. Je me rends compte que c'est la dernière fois que je me vois enceinte dans mon miroir de l'entrée. Je souris, je prends mon dernier selfie, je suis la plus sereine et la plus heureuse du monde.

37 semaines plus tard, encore un dimanche soir, mon fils Aaron dort paisiblement dans son lit, dans sa petite chambre bleue et blanche, il a eu un peu de mal à s'endormir ce soir, mais qu'importe, mon bébé, mon gros nounours, il a accompli tant de choses déjà depuis sa venue au monde.
C'est un grand, ce soir.
Moi, je me sens toute petite.
Et drôlement fière de nous.



LE selfie.


Et vous les filles ? Des souvenirs de perte des eaux et de parquet ruiné ?


Commentaires

Thi a dit…
Il est beau ton récit!

Chez nous, c'était plutôt: "Euh... ça coule"
Voilà :D

On était en train de regarder Pocahontas et il restait une minute de film mais on a coupé quand même pour réunir nos affaires et partir à la maternité.
Chez nous c'était plus un bain de 1h30 bouillant a 3heure du matin pendant que Mr ronflait dans le lit.
Un réveil pour lui vers 4h : "Chéri c'est le moment d'y aller les contractions sont proches "

" hum vraiment ? "

Un zombie se lève voit le bain et se plonge dedans se délasse et se lave les cheveux !!!

Une bonne crise de nerf !
"Tu te moques de moi ? "En fait il était stressé à mort et ne voulais pas partir à la maternité

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