Adultes et amoureux


Est-ce que tu me vois?
Est-ce que tu te retournerais sur moi dans la rue? Non, en fait, j'espère pas. Qui se retourne dans la rue, quelle horreur... déjà quand on sent un regard trop insistant dans le métro, c'est gênant, on détourne la tête, on fait en sorte de penser à autre chose et puis on ne pense plus qu'à ça, mais alors dans la rue, comme tout se joue en 3 secondes et demi, c'est encore pire, la politesse n'existe plus, le regard se fait lourd, impudique, agressif.
Non, ce dont je parle c'est de me "voir" comme une inconnue, si tu me rencontrais pour la première fois, tu te dirais quoi ?  Est ce que je te plairais ? On recommence tout. Un coup de flashouilleur comme dans Men in Black, je ne me souviens de rien et tu peux tout refaire. Est-ce que tu me choisis quand même ?

Quand j'étais jeune, rectification, quand j'étais plus jeune et sans enfants, je voulais vivre, rire et avoir des souvenirs. J'écoutais ma musique, écouteurs vissés dans les oreilles en regardant par la fenêtre dans le bus, et tout ce à quoi je rêvassais, c'était l'amour. Maintenant, je n'écoute rien, les écouteurs sont emmêlés au fond de mon sac, et je pense à ma liste de courses.
Je voulais être quelqu'un qui s'en fout de faire une tache sur son canapé, parce que ce n'est jamais qu'un canapé. Je voulais aimer, à la folie. Ne jamais devenir ce genre de personne, qui ne sait plus ce qui est important et qui a perdu sa jeunesse. La jeunesse, vous savez, ceux qui n'ont encore rien appris mais qui ont tout compris à la vie. Qui renversent de la bière sur le canapé, qui s'en foutent et qui s'aiment.
Je t'ai rencontré, je suis tombée amoureuse au sens littéral du terme. Tombée, un peu comme dans des montagnes russes. C'était mon coeur qui lâchait quand tu me regardais un peu trop longtemps dans les yeux. Restera-t-on ensemble pour toujours ? J'espère.
Je l'aime trop. Il n'a pas répondu à mon texto. Pourquoi. J'attends, je tourne en rond, mon portable dans la main. Je jette une boulette de papier dans la poubelle, si elle rentre, on restera ensemble toute la vie, si je rate, c'est qu'il va me quitter. 1, 2, 3.

La vie passe. L'âge adulte, cet idiot, s'insinue sournoisement. T'as payé tes impôts ? Passé la serpillère ? On met quoi comme centre de table ? Combien aura-t-on d'enfants ? M'aimeras-tu toujours quand je serais enceinte ? Dans 5 minutes ? Et dans 10 ans ? On la fait de quelles couleurs la chambre du petit ? Bonne nuit. Pas de bisou.
Tu étais ma personne préférée au monde, alors pourquoi c'est avec toi que je m'engueule le plus ? C'est mal foutu l'amour, on se permet toutes les méchancetés qu'on oserait même pas infliger à des gens dont on se fout.
Tu es fatigué, tu te plains, tu t'endors trop tôt et en me tournant le dos, tu me fais des reproches, tu me regardes pas, je sais plus si tu m'aimes, oui, tu me l'as dit hier, mais moi j'ai besoin de l'entendre aussi aujourd'hui, ce que tu m'a dit hier c'est périmé, ça s'est effacé, l'amour, c'est tous les jours tu sais.
J'ai vu "Mon Roi" et je me suis dit que je ne serai jamais comme Tony, je ne me laisserai pas bouffer à ce point par quelqu'un, et puis heureusement, toi tu es à mille lieues du Roi des Connards, mais on a quand même quelque chose en commun Tony et moi, c'est que l'on doit se battre.
Je ne sais pas si tu pourras me pardonner mes sautes d'humeurs, mes soupirs, mes pleurs que tu ne comprends pas toujours et mes caprices. Mais après tout, c'est aussi pour ça que tu es tombé amoureux de moi, non ? Tu m'appelais "sale gosse" quand tu m'as rencontrée. Tu savais au fond.
Moi je te pardonnerais, je t'aimerais quand même. Tu vois, c'est ça le truc David je t'aime même fatigué, même chiant, même plaintif. On est parfaits ensemble, c'est tout, cherche pas. Plus je vois notre fils, et plus je le sais, c'est ma preuve quand je doute, regarde-le bien et ça te sautera aux yeux, évidemment qu'on était faits pour être ensemble.

On a été au resto, on a vu "Mon Roi", on est rentrés, on s'est couchés, tu ne m'a pas tourné le dos, on s'est embrassés, pas comme les vieux couples qui se font un smack, on s'est embrassé pour de vrai, comme les gens amoureux.
Tu m'avais manqué, pourquoi on est pas comme ça tous les jours, on est trop bêtes, je t'aime tu sais, tu m'as tellement manqué, je suis désolée, pour toutes les fois où j'ai merdé, soupiré, fait la gueule, été agressive.
Je vais me battre, je vais faire plaisir à l'ado de 16 ans qui est encore quelque part, au fond, là-dessous, et qui sait ce qui est important dans la vie.

Ah, j'oubliais. Quand j'ai jeté ma boulette de papier, il y a 6 ans.
Elle était rentrée dans la poubelle.


© Ourson Chéri

Commentaires

Camille a dit…
Tout est dit, merci de mettre des mots sur ce qu'il y a dans mon cœur!
Cath a dit…
C'est la vérité ..... Très bien écrit
Marine. P a dit…
J'aime tellement ta sincérité , ça donne du baume du cœur de voir qu'au final on est tous pareil , même en couple sans enfant :)
Julie a dit…
J aime tellement ton écriture ... Magnifique billet
Pauline a dit…
Tu écris tellement bien... Tu sais poser les mots exacts c'est dingue.
Camille, Cath, Marine, Julie et Pauline : merci mille fois ! très touchée par vos petits mots à chaque fois... je vous embrasse
Caro a dit…
Magnifique texte j'adore ton style d'écriture. Bravo et merci pour ces émotions.

Posts les plus consultés de ce blog

Lettre à la future maman que j'étais il y a deux ans

Lourd comme une plume

Au pays des rêves