Daddy's girl

Il est le premier à m'avoir trouvée jolie. D'ailleurs il me le dit toujours. Ne te maquille pas, ne te teint pas les cheveux. Na-tu-relle. Moi qui ne me sens bien que bronzée, blushée, avec des cils jusqu'au plafond et de l'anti-cernes. Il me complimente quand j'ai une queue de cheval et pas de mascara. "Tu es très belle, on a fait du bon travail."

Cet homme, c'est mon papa.

Je me souviens des après-midi sur la table de la salle à manger à apprendre les conversions. Je l'aurais maudit. Finalement j'ai appris, et j'avais des bonnes notes après (juste pour les conversions, sinon les maths c'était pas mon truc).
Je me souviens quand je descendais l'escalier en colimaçon, je courais jusqu'au bar de la cuisine américaine, je me penchais pour voir ce qu'il préparait de bon et je lui demandais "qu'est-ce qu'on dine ce soir ?". Il m'expliquait. Je bavais. Je ne le savais pas encore mais je découvrais l'amour de la cuisine.
Je me souviens de la fois où j'ai volé un khôl au monoprix et qu'il est venu me chercher dans le PC Sécurité. J'avais tellement honte. On a échangé un regard, un regard qui en disait tellement. Il a eu l'intelligence de ne même pas m'engueuler. Je n'ai jamais oublié et je n'ai plus jamais recommencé.
Je me souviens de tous les câlins qu'on ne s'est pas fait parce qu'on n'est pas comme ça.
Je me souviens de son regard noir et de l'ambiance tendue quand il faisait la tête. En un quart de seconde, on savait.
Je me souviens qu'il était tout gêné de me conduire jusqu'à l'autel mais tellement mignon.
Je me souviens quand je lui ai annoncé que j'étais enceinte. Sa pudeur, son sourire timide. Sa joie discrète quand il a su que c'était un garçon, lui, papa de deux filles.
Je me souviens que depuis qu'Aaron est né, mon père vient toutes les semaines chez moi avec un géant sac de courses et de quoi faire un festin pour dîner. Je m'excuse 10 fois de ne rien avoir prévu, il fait tout de A à Z comme dans un 4 étoiles. Littéralement. Il est cuisinier.
Je me souviens de toutes les fois où je l'ai appelé en pleurant, toutes les fois où il m'écoutait pendant des heures, toutes les fois où il essayait de m'expliquer la vie, cette putain de vie qui nous fout des poignards dans le dos et dans le coeur mais qu'on doit aimer quand même. Garde le cap, reste zen. J'ai appris papa, tu m'as tellement, tellement appris, je ne te remercierai jamais assez.
On se répète les répliques des films de Louis de Funès toute la journée. Tu me dis toujours que j'ai hérité de tes "beaux" yeux. Tu me fais rire à adorer les bains moussants. Tu bois un peu trop de Ricard à mon goût, c'est dégueu en plus le Ricard. Tu radotes, tu répètes 10 fois les mêmes choses, c'est super lourd. Mais je t'aime tellement fort. Tu m'as donnée plus qu'une figure paternelle, tu m'as offert un modèle de sagesse et d'honneur. Tu es la personne la plus droite que je connaisse. Et je suis si fière d'être ta fille.
Je ne t'ai jamais rien dit de tout ça. Tu le sais, au fond, non?
Si ce n'était pas le cas... le mal est réparé.
Ta fille, qui est tellement, tellement heureuse de t'avoir comme père.
Cassie

© Ourson Chéri




Commentaires

Justine Mérot a dit…
Très joli article tout en émotions. Tu m'en a mis les larmes aux yeux. Ton papa peut être très fière d'avoir une fille comme toi.
Anonyme a dit…
Toujours aussi fan de tes articles...
Et encore une fois, j'ai pleuré (Missange, une décembrette 2014)
zoeandi a dit…
Moi j'ai pas eu un père comme ça, enfin un père avec trop de pudeur pour me faire des câlins oui, mais un père qui m'engueule et se fou de moi en plus. T'as de la chance. Alors cet article ne m'a pas ému contrairement aux autres parce que c'est ma vie avec mon père tout pourri qui m'en empêche ..
cynthia a dit…
L'amour d'un papa avec sa fille c'est indescriptible.
On les aime d'amour nos papas ce sont nos Super Héros.
Merci d'avoir partagé ces quelques lignes avec nous
Xoxo

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