Vivre, malgré tout - Mood #2

Dis donc David, ce serait pas génial qu'on soit immortels ? On trouverait un moyen pour qu'Aaron arrête de grandir, comme la petite Renesmée dans Twilight, tu sais, dès qu'elle atteint le bon âge et la taille idéale, elle ne bouge plus. Nickel. On ferait ça. Toi et moi, on arrête de vieillir aussi. Ca réduit les problèmes de botox et de calvitie. On traverse les époques et les saisons. Tous les trois, pour toujours.
Pourquoi c'est nul ? On serait super heureux. On aurait plus peur de rien. Je sais qu'Aaron a mille choses à vivre. Aller au CP, avoir des frères et soeurs, faire sa première boum, tomber amoureux, voir le monde. Être heureux.
Vendredi, les gens étaient heureux. Juste avant.
Entre amis. Ils buvaient, chantaient, dansaient. Il faudrait qu'on soit heureux comme eux mais on ne peut plus. Parce que les fous nous ont arraché à notre insouciance. Ils nous ont rappelé qu'on était tous condamnés. Ce qu'il nous reste c'est du rab. Du sursis.

Tout à l'heure, je suis sortie de la maison sous la pluie, alors que j'avais fait un brushing. J'ai oublié de poster les invitations à l'anniversaire d'Aaron. J'ai attendu mon bus, il faisait déjà nuit, et je suis devenue dingue parce qu'il n'a pas marqué l'arrêt, j'ai dû attendre 15 minutes de plus alors que mon fils m'attendait à la crèche. Une fois que je l'ai récupéré, j'ai senti son odeur de bébé et je me suis trouvée vraiment bête de m'être mise dans un tel état pour 10 minutes de retard. On va faire quelques courses tiens, ça va nous changer les idées, je reprends du fromage, tant pis pour les calories, des courgettes, ça fait longtemps, oh des fines herbes, ce serait sympa pour une purée, en plus le pédiatre à donné le feu vert, pour tout, ça y est, mon grand bébé, tu peux tout manger comme nous. Pour la peine, je t'ai mis une pincée de cumin ce soir. Tu vas adorer, je suis sûre.
Caisse, parking, maison, pyjama, purée, câlin, dodo.
Bonne nuit mon amour d'amour... tu fais de beaux rêves, d'accord.. on est juste à côté... je t'aime... dors bien mon bébé...

On est en sursis mais au fond, c'est déjà énorme, c'est un miracle en fait, cette drôle de vie, sur une planète que l'on croit détenir alors qu'une météorite peut nous balayer comme un vulgaire tas de poussière, en un quart de seconde. Qu'est ce que c'est con les hommes, parfois.
En fait, t'as raison. C'est juste les règles du jeu, et c'est juste qu'on a perdu la notice. On vit en pensant au lendemain, au surlendemain, à nos vacances de l'année d'après, où on sera dans 5 ans, combien d'enfants, quel salaire. Et on se plante complètement.

Si je comprends bien, il faut qu'on continue à vivre, comme avant vendredi. Je crois même qu'il faut qu'on vive mieux qu'avant vendredi.

Achète les chaussures hors de prix. Rate ton RER. Bois un verre de vin. Embrasse ton homme même si vous vous faîtes la gueule. Câline ton fils qui a dessiné sur les murs. Laisser tomber ton régime draconien. Ris, autant que possible. Et aime, comme si on était devenus immortels et qu'on ne craignait plus rien.

Ca fait un peu peur.
Mais c'est ça, la vie.

Alors vivons.


© Ourson Chéri



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