Allô, c'est la crèche

Le week-end de son anniversaire, le pauvre nounours n'a rien eu de mieux à faire que de se réveiller avec une belle fièvre, se faire diagnostiquer une trachéite et passer ses soirées à tousser dans son lit sans réussir à s'endormir. Après un lundi au chaud, en tête à tête avec son "papou" (son nouveau mot favori), tout semblait être rentré dans l'ordre. Ou presque.

22h. Il hurle, il tousse, il pleure. On est crevés et on dormirait sur place, mais le problème c'est qu'on est ses parents. Donc même si on n'avait aucun coeur et qu'on le voulait le laisser pleurer, ce truc, qui s'appelle la culpabilité, nous tient en haleine dans sa chambre, entre le dolodent et les jouets mal rangés qu'on se prend dans les pieds. Ça fait mal, bordel !

22h15. Bon, ben je crois qu'on va se coucher tôt ce soir ! Comme hier, et comme la veille, on embarque le poussinou coquinou dans notre lit. D'un coup, il ne tousse plus, ne pleure plus, et se passionne pour le babyphone à ma droite.

22h20. Toutes les lumières sont éteintes, mais on le voit quand même, dans la lumière qui passe au travers des volets, se balader, grimper sur la tête de lit, taper au mur, se jeter en arrière tel un cascadeur, rigoler tout seul. On est nazes mais il nous fait marrer, alors on ricane en cachette, pour ne pas qu'il nous grille et qu'on perde notre fragile crédibilité.

23h00. Ça suffit les conneries, on dort maintenant, allez hop au lit. Le mari veille, mais Aaron finit par s'endormir seul, avec toute la peine du monde.

7h15. Il se réveille en toussant comme un dingue. Je le prépare et lui donne son petit-déj, le mari l'embarque direction la crèche. Moi je bosse en télétravail aujourd'hui.

8h00. Ordi, café, itélé.

10:00. "Allô, madame, c'est la crèche. Aaron tousse énormément, il a une toux sifflante, ça peut être une bronchiolite, il faudrait l'emmener chez le pédiatre". 

10h15. "Bonjour, oui madame, je consulte aujourd'hui, je peux vous recevoir ce matin, mais à condition que vous veniez avant 11h00". Je vous avais dit que j'étais en "télétravail" ? Donc vous avez compris qu'à ce moment là, je ne suis pas douchée, pas coiffée, pas maquillée, n'est-ce pas ?

10h20. C'était la préparation la plus rapide de la planète. Bon je ne suis pas maquillée, juste une bb cream, je ne suis pas habillée, j'ai enfilé le premier jean et le premier pull que j'ai trouvés dans mon dressing qui ressemble à Hiroshima, mais en même temps j'ai lancé une purée poireau-pomme de terre dans le babycook qui sera prête pour notre retour. Pas peu fière de moi sur ce coup-là.

10h30. J'arrive comme une fleur à la gare, et mon bus avec. Les cieux la RATP est avec moi.

10h43. J'ai récupéré mon nounours, et je suis partie comme une voleuse. Direction le pédiatre en me maudissant de ne toujours pas avoir mon permis de conduire. Je trottine avec ma poussette, cheveux au vent, manteau ouvert, et grâce à mes bottines à talons -une très bonne idée- l'élégance d'un canard.

10h59. Souvent, je suis très en retard, et très tête en l'air. Mais bizarrement, dans les situations de crises, comme maintenant, je suis d'une ponctualité qui frise le génie. J'entre. Ascenseur en panne. Comme si je n'étais pas déjà en nage, je monte quatre à quatre les escaliers avec le nounours de 11,7kg dans les bras.

11h01. J'ai oublié le carnet de santé.

11h15. Pas de bronchiolite, ouf. "Seulement" une laryngite et une petite otite ! Allez hop, vu l'état de sa gorge, les antibiotiques, c'est automatique.

11h20. J'ai oublié le sac à langer. On changera la couche à la maison.

11h25. J'ai oublié mon chéquier. Vous prenez la carte bleue ? -Non. 
Bon, ben je crois que je suis bonne pour aller au distributeur. La flemme de mettre mon manteau après avoir galéré à lui mettre le sien, la flemme de le remettre dans sa poussette juste pour aller en face, allez, on en a pour deux secondes, j'arrive docteur, je me dépêche. Je sors en pull, en courant avec mon bébé et ma carte bleue sous le bras. Les gens me regardent comme si j'étais une folle.

11h30. Putain mais il est hyper loin ce distributeur, non ?

12h00. Rentrer à pied, passer à la pharmacie, résister à l'envie d'acheter des nouvelles tétines ou une crème pour le corps hors de prix, réussir avec panache, écouter la pharmacienne dire "c'est bon, vous n'avez rien à régler", voir une foule imaginaire m'applaudir comme si j'avais remporté un oscar, et le petit ange sur mon épaule m'envoyer un clin d'oeil.
Rentrer.

12h20. Chez nous, pas d'ascenseur en panne, puisque pas d'ascenseur tout court. Je l'ai collé devant la Reine des Neiges pour qu'il ne s'aperçoive pas que je descends récupérer la poussette que j'ai abandonnée en bas de l'escalier, deux étages en dessous. Vous inquiétez pas, il était attaché et j'ai laissé la porte grande ouverte pour l'entendre. Il a pas dit un mot donc c'est surtout les voisins qui ont entendu la chanson du générique qui résonnait dans toute la cage d'escalier. Désolée les gars.

13h00. Il est captivé par la télé, tout sage, trop mignon, et j'en profite pour l'admirer deux minutes. Et prendre une petite dizaine de photos au passage. Pour une fois qu'il est immobile !

13h30. Je le couche, il tousse. Je me lance dans une activité passionnante : ranger la maison, qui semble avoir été balayée par une tempête nucléaire. Dormira, dormira pas ?

Peu importe, mon bébé.
On ne bouge plus. Et je suis là.






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