Le nounours en vacances, partie 1

Comme vous avez pu le constater, en décembre, j'ai fait une dépression (en cause, les attentats, la RATP, les cernes et le manque de gruyère dans mon frigo), j'ai un peu moins posté d'articles (rapport à ma dépression), je me suis rasé la tête coupé les cheveux au carré (ils ont déjà repoussé, c'est dingue, pourtant je vous promets que je n'ai pas acheté de levure de bière le lendemain), j'ai fêté un deuxième Noël avec le poussinou coquinou, retrouvé le moral après une cure de foie gras et qu'il m'ait appelée "maman" et changé la disposition des meubles dans ma maison. Et ça, c'est vraiment une source de bonheur inépuisable.

Depuis, le nounours est parti "en vacances". C'est à dire que la crèche ferme et que comme papa et maman ne sont pas disponibles entre 8h du matin et 18h le soir, le nounours va squatter chez ses grands-parents. La mort dans l'âme je me suis préparée psychologiquement à ne pas le voir du dimanche soir au jeudi soir. Finalement je me suis rendue compte que je ne bossais pas le lundi ni le mardi. Le mari s'est rendu compte que lui non plus ne bossait pas le lundi (comme tous les lundis d'ailleurs, bref). Et après des nuits de débats (pas d'ébats), d'études approfondies, et de liste de pour et de contre, c'est avec une détermination relative que l'on a décidé de laisser l'organisation telle qu'elle était. Déjà parce que les grands parents surexcités s'étaient déjà fait un planning aux petits oignons, en mode faire toutes les activités du monde (que nous n'avons jamais faites #parentsdelannee) et ensuite parce qu'après ma dépression RATP, les derniers week-ends chargés, et le fait qu'on ne se voit que le soir et le dimanche, le mari et moi, ben on a jugé que pour éviter le divorce notre bien, on devait en profiter pour s'octroyer des moments à deux.

Voici donc le journal des vacances du nounours... et des parents.

Dimanche soir

Il fait nuit. Je repars dans le froid, le nez enfoui dans ma grosse écharpe. Je m'y réfugie, en pensant à lui, qui dort dans son lit, qui nous a fait une comédie pour rester dans le salon avec nous un peu plus tôt, puis quand il a "eu sa dose" s'est recouché sagement. Je m'engouffre dans la voiture et regarde mes photos.
On rentre, je garde tous mes réflexes, enlever vite mes chaussures, éteindre la lumière, baisser tout de suite le son en allumant la télé, se coucher, brancher le babyphone, ah non, je suis bête. Penser à lui. Se promettre que ça va aller, penser aux "pour", il faut qu'on s'y habitue, comment on gérera sinon, le jour où on voudra partir en vacances rien qu'à deux, on partira pas, ok ben tu feras jamais ton road trip californien alors, et ton île en Thaïlande, comment tu iras, ah bon on peut voyager avec des enfants, bref on va pas repartir là-dessus, ça va lui faire du bien, à lui, à nous, à toute la famille, c'est important, et ça va passer vite.



Lundi

Voilà, c'est parti, journée en amoureux, lundi de miel. Au menu, faire une montre personnalisée (cadeau de Noël de monsieur), aller voir Star Wars, se promener dans les rues de Paris en mode romantique, faire un peu de shopping, aller chercher un meuble.
Comment ça s'est passé en vrai ? On s'est engueulés 35 fois, réconciliés autant, on a débarqué devant la boutique Nixon après avoir réussi l'exploit de se garer du premier coup dans Le Marais, on a trouvé un rideau de fer. Boutique fermée, ouverture à 14h00. Coup de panique, voilà, la journée est foutue, qu'est qu'on va faire maintenant, c'est fini, tout est fini. On a repris nos esprits et établi un nouveau plan d'attaque. Retourner chez nous, acheter notre meuble à Créteil, le déposer à la maison, zapper le cinéma, le reporter au soir (tant pis pour la VO), sur le chemin, se demander si j'ai bien la purée d'Aaron pour ce midi, me rappeler qu'il n'est pas là en fait, engloutir un KFC, retourner dans Paris. cette fois tourner 20 minutes pour trouver une place, être accueilli par le vendeur qui nous demande à quelle heure nous avons rendez-vous, sentir le sol se dérober sous nos pieds parce qu'on a pas de rendez-vous, voir qu'il a compris la détresse dans nos yeux et nos plannings compliqués, raconter notre vie en expliquant qu'on a un enfant, qu'on habite loin, que c'est notre seul jour, notre seule chance. L'entendre nous proposer de repasser dans 2 heures, exceptionnellement. Merci monsieur, vous savez qu'on a failli atteindre la 36ème engueulade, grâce à vous on évite le drame, vous nous sauvez, vous êtes merveilleux, à tout à l'heure.
Aller faire son shopping, à pieds, comme des touristes, rue de Rivoli. Se rendre compte que les deux heures sont passées. Abandonner mon idée de promenade romantique sur un pont avec des selfies coucher de soleil. Voir le mari jubiler. Faire la montre, rentrer avec quelques bouchons. Chanter dans la voiture. Chanter à la maison. Discuter pendant une heure en boulotant des bonbons. Oublier le cinéma. Se taper un fou rire. Ouvrir une bouteille de rouge. S'embrasser. Se lancer dans le montage du meuble. Découvrir qu'on a besoin d'une visseuse-dévisseuse, abandonner les planches et les cartons dans l'entrée, migrer dans le salon, recevoir des photos d'Aaron, faire un facetime avec lui, être rassurés qu'il s'en foute total, qu'il sourie un peu mais semble plus intéressé par son petit tournevis en bois, raccrocher, sereins, regarder une série, se taper un nouveau fou rire, imposer la fin de Raiponce (enfin, moi), pleurer devant (toujours moi), discuter, s'embrasser, encore, se resservir un peu de vin, oublier les engueulades de la journée, s'embrasser, toujours.


Mardi

Je me lève avec une barre au front, doliprane, infusion, barre céréales, d'ailleurs quand est-ce que je reprends mon régime sain, plutôt en janvier, parce que là il reste le nouvel an, et on a prévu de se faire une raclette donc bon, on verra plus tard. Penser à Aaron. Être surprise mais soulagée de me sentir plutôt bien, pas trop triste, pas trop en manque, plutôt confiante. Je crois que le facetime m'a aidée. Ma hantise, quand je le laisse, c'est qu'il se pose des questions, se demande pourquoi il est là si longtemps, croit qu'on l'a abandonné, qu'on ne se verra plus. Je ne veux surtout pas aller le voir, parce que lui rendre visite c'est aussi repartir sans lui, et ça me crève le coeur, même pour lui, l'idée qu'il ne comprenne pas. Donc le facetime ça dédramatise la situation: on est toujours en vie, on est toujours aussi couillons ("coucouu mon amouuuuuuuuur ! ca vaaaaa ?" etc), on sourit, tout va bien, on revient bientôt.
Plus que deux jours.

Maintenant il me reste ma maison en mode "après-tornade" à aller ranger.
Je vais me faire un café tiens. Et envoyer un petit texto, juste pour être sûre que tout va bien.




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