Celle qui n'avait pas aimé être enceinte

    Découvrir sa grossesse est un moment magique la plupart du temps. Porter son bébé une chance. Le sentir bouger une bénédiction. Le faire grandir et le mettre au monde, un honneur que je n'oublierai jamais. Mais je vais vous dire un truc. Au-delà de tous ces bons sentiments cheesy à souhait, je n'aurais jamais pensé que cela puisse être aussi relou.
    Confessions d'une nana qui n'a pas aimé être enceinte.

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    C'est d'abord purement physique. J'assume. Après tout, on passe sa vie à essayer de s'accepter tel qu'on est, alors comment pourrait-on décemment aimer une telle métamorphose et si rapide ? J'avais tellement hâte d'être une femme enceinte canon. Vous savez, celle qui ne prend que du ventre, qui le porte bien rond, garde bras et jambes toujours fins, rayonne d'un pregnancy glow (oui, moi toujours bilingue) éblouissant les gens dans la rue, bref la femme enceinte qui donne envie d'être enceinte aussi.
    La réalité fut tout autre, à mon grand désespoir. Premier signe que la grossesse idyllique n'allait pas être pour moi, quelques temps après mon test positif je n'ai pas vu mes cheveux devenir forts et brillants. A la place, j'ai fait une chute de quelques mètres depuis mon petit nuage, puisqu'ils ont tellement graissé que les laver tous les deux jours n'était même plus suffisant et que je devais m'y coller tous les matins. Avec ma crinière qui m'arrivait au milieu du dos. J'ai ensuite redécouvert les joies de l'adolescence avec une éruption cutanée d'enfer, qui a contribué à ma dépression du deuxième mois, ce moment merveilleux durant lequel j'ai découvert les nausées matinales, un odorat surdéveloppé et mon soudain dégoût pour certains aliments. Puis est arrivée celle que toutes les femmes connaissent bien d'après les gros machos et les légendes urbaines entretenues depuis des lustres, cette vague histoire de sensibilité exacerbée. Plutôt émotive de nature, durant tout le premier trimestre je suis passée à un tout nouveau level en me surprenant à pleurer quand le mari me demandait ce qui n'allait pas, monter à 18 de tension si quelqu'un m'effleurait dans le métro (émotive et surtout pas tactile), ou encore avoir soudain besoin de télécharger toutes les applications de grossesse qui existent sur l'apple store et les consulter religieusement, comme si nos deux vies, la mienne et celui du foetus qui a la taille d'un poivron (coucou, babycenter!) en dépendaient, et ce jusqu'au jour de l'accouchement. J'ai pris 4 kilos en trois mois, j'ai mis ça sur le compte des hormones et assuré que j'allais calmer le jeu en me vengeant sur le melon pendant l'été. Je suis partie en vacances et 10 jours plus tard, j'en avais pris 4 de plus, la faute au houmous et aux glaces.
    A une époque je m'étais promis que lorsque je serais enceinte, je mangerais super healthy, rien que pour la "bonne santé du bébé". Avec un dédain manifeste pour les mamans qui se gavaient de cochonneries bourrées d'OGM. Finalement je me suis enfilé 9 mois de pizzas, en exposant avec tout le sérieux du monde à chaque bouchée dégoulinante de fromage ma nouvelle théorie "Si je ne mange pas ce que je veux quand je suis enceinte, quand est-ce que je le ferais?".
    Avant d'être enceinte, en bonne adepte des jeans skinny et des gros pulls, je m'étais déjà imaginé le scénario de rêve : même pas besoin d'acheter de fringues de grossesse, c'est naze, et puis d'ailleurs dépenser tout ces sous dans un truc qu'on met 5 mois, quel gâchis. Erreur fatale, au bout de 4 mois je ne fermais plus le bouton de mes jeans, je m'obstinais donc à ne porter que des hauts super longs pour camoufler le ridicule jean ouvert, jusqu'à ce que l'inimaginable se produise: même mes cuisses ne passaient plus. J'étais devenue grosse ailleurs qu'au ventre et à 6 mois, je ne pouvais plus enlever mon alliance et priais pour ne jamais avoir de césarienne par peur que l'on doive couper ma bague en deux au bloc. Dès que j'avais envie de m'acheter une fringue de maternité, je me rétractais pour un autre achat, souvent indispensable, non maternité, que je mettrai dès que j'aurais retrouvé mon aspect initial. J'ai galéré tous les jours de ma fin de grossesse à me demander chaque matin comment m'habiller. J'ai fini par investir dans deux jeans de grossesse et me suis résignée à ne jamais devenir une inspiration fashion pour les femmes enceintes du monde entier, puisque de 3/4 et assise je ressemblais à un lamantin. C'est mignon un lamantin, j'ai choisi ça exprès, alors que d'habitude les femmes enceintes ont tendance à désigner les baleines pour se décrire. Pour moi, on rêve quelque temps de se voir enceinte et puis un beau jour on en peut plus de ce ventre énorme, on repense avec nostalgie à l'époque où notre taille était le point le plus étroit de notre corps, et on retombe sur des photos de soi (type voyage de noces) en se demandant de quoi on pouvait bien se plaindre à l'époque.
    Sur un plan nettement moins superficiel, les décharges électriques dans le vagin et la diastasis de la symphyse pubienne (n'allez pas lire, sérieux) ont fini de me dégoûter définitivement de cette condition bien sympa quelques temps mais officiellement chiante à mourir. Se lever, marcher, prendre une décharge, s'arrêter, avoir peur de remarcher. Tout ça, tous les jours, à partir du 5ème mois. Et un adorable gynéco, qui m'annonce avec l'expression de la désolation empreinte sur son visage que ça va "empirer jusqu'à l'accouchement", mais tempère avec le fait que c'est "tout à fait classique". Ravie, merci.
    On reparle de mon envie d'enfant et de grossesse ? Car oui, je fantasmais complètement sur la grossesse. C'était une étape ultra importante pour moi, attendue, souhaitée, imaginée. J'avais envie d'un bébé, oui, et avant lui j'avais très envie d'être enceinte, de le porter, voir mon ventre s'arrondir. Un fail total, à partir de la 30ème semaine, et du 12ème kilo de pris ("alors là madame, vous avez atteint la prise de poids dite classique pour une femme durant sa grossesse -ah, mais il me reste 3 mois -oui, c'est ça".) je ne pouvais plus me lever de mon lit/canapé/siège passager de voiture sans un soupir d'épuisement. Il me fallait toute la motivation du monde pour sortir de chez moi, rapport à mes problèmes ligamentaires. Et je ne rêvais que d'une chose, accoucher, le plus tôt possible -dans la mesure où la santé du bébé n'étais pas en danger, évidemment, n'allez pas me tomber dessus, la ligue des mères parfaites, j'ai tenu jusqu'à presque 40 SA alors, vous voyez bien que j'y suis arrivée.
    En vrai, je n'ai pas bougé une oreille et patienté sagement jusqu'à 37 SA. Et à 37+1, je suis allée m'acheter des feuilles de framboisier pour me faire trois tisanes par jour. Vous ne savez pas à quoi ça sert ? Attendez d'être enceinte, vous saurez.


    Mais je vous rassure, tout ça ne compte pas. Je re-signerai demain pour un petit deuxième.


    © Ourson Chéri



    Commentaires

    Anonyme a dit…
    Je vous assure que vous n'êtes j'ai vécu une grossesse hyper compliqué vomit du premier à la fin du 3e mois du matin au soir pas mangé du tout le peu que je supportais c'était le riz et encore je comptais les grains 3e Moi tombé dans les escaliers et là mais douleurs ligamentaires commencer vos douleurs dans le vagin dans vos ligaments dans votre ventre toutes ces choses là on commençait de mon troisième mois jusqu'à l'accouchement j'avais tellement mal qu'il voulait me mettre en photo où l'on est sous morphine j'ai refusé mais j'ai souffert de plus en plus je ne voulais plus du tout recommencer de grossesse et maintenant je signerais sans problème. Mais j'ai vraiment vécu le même genre de grossesse mais douleurs sont juste d'arriver plutôt. Moi je n'ai pas pris un kilo pendant 7 mois j'en ai même perdu 4, mais les deux derniers mois j'ai pris 20 kilos d'un coup que je n'ai évidemment pas perdu un an après
    cynthia a dit…
    Salut Delphine, je suis toute nouvelle sur ton blog que j'ai connu par instagram.
    Je suis enceinte de 4 mois et franchement pour le moment je ne kiffe pas du tout !!
    Prendre trop de poids (de nature à prendre facilement quand même, il faut le dire + fumeuse qui a arrêté quand elle a appris être enceinte), avoir des vergetures et tout le blabla de voir notre corps changer.
    Je le vis très mal, j'en fais une fixette, j'essaie d'en parler mais du coup on me regarde avec de gros yeux "Comment ça tu n'aimes pas être enceinte?" "ça commence bien, comment peux tu dire cela???"
    Bref en général, je choque les personnes en avouant que je ne kiffe (pour le moment) pas cela.
    J'ai bien lu ton article et pour le moment je m'y reconnais totalement.
    Alors si du coup tu as des tuyaux à me filer je suis preneuse, histoire de mieux la vivre.

    En tout cas, félicitations pour ton blog je suis adepte maintenant.
    Je vais d'abord rattraper le temps perdu en me faisant une relecture de tout le contenu. Possible que tu me vois commenter quelques articles.
    Et Bravo pour ton nounours Aaron, il est juste à croquer !!! et ses yeux transpirent d'amour pour ses parents <3
    Xoxo
    Cynthia

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