14 mois

14 mois, tes premiers pas. Et moi qui n'en reviens pas.

Techniquement, j'écrirai dans ton petit livre que tu as marché la première fois le 15 janvier 2016. Parce que c'est la vérité.
Mais le jour important, celui où tu ne t'es pas contenté de quelques pas, c'était hier, le 1er février 2016.

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Je suis au travail. Café à droite, souris à gauche (oui, je suis gauchère, d'ailleurs j'ai toujours pensé que ça faisait de moi quelqu'un de spécial, ça, et le fait que je sais faire le salut vulcain). J'ai les yeux rivés sur mon écran quand je reçois un texto de la nounou. Je vois son nom apparaître mais je ne suis pas inquiète, juste curieuse, j'ouvre, je lis, cligne des yeux deux fois, relis. Il marche. Aaron marche. Ça y est. "Pour son moisniversaire, trop fort" me dit-elle.
Déchirée par mon envie de l'appeler tout de suite, de jeter mon café et ma souris de gauchère par-dessus mon fauteuil de bureau et d'enfiler mon manteau d'une manière théâtrale en disant "messieurs-dames, je vous quitte, mon fils marche", de sauter dans le premier bus (puis métro, puis RER, puis nouveau bus) et de les retrouver pour voir cet exploit de mes yeux, je finis néanmoins par reprendre mes esprits et envoyer un texto d'une platitude à mourir d'ennui, afin de ne pas laisser ma surexcitation mon enthousiasme maternel empiéter sur ma politesse. Quelques instants plus tard, j'ose un second texto, juste pour lui faire savoir que si jamais elle fait une petite vidéo, qu'elle n'hésite surtout pas à l'envoyer (ce qu'elle aura la gentillesse de faire, mais la médiocrité des nouvelles technologies ne permettront pas le succès de ce transfert de fichier ô combien important).
Je me pose mille questions. Quand ? Où ? Longtemps ? Puis arrive le moment terrible de l'analyse, ce petit débat intérieur qui a lieu souvent dans ma tête et que le mari appelle "l'interprétation". Pour qu'elle m'envoie un texto, j'imagine que c'est plus que les 4 pas de la dernière fois, il a dû en faire pleins, plusieurs fois d'affilée, genre des allers-retours chambre-canapé, minimum, sinon elle n'aurait pas pris la peine de m'envoyer un texto, elle m'aurait juste dit, ce soir, "ah au fait, il a marché un peu aujourd'hui". Avec ma patience légendaire, quand sonne l'heure de la pause déjeuner, que j'ai deviné en regardant ma montre que les enfants devaient être couchés et à la sieste, je n'ai pas résisté, j'ai appelé. Et là ma brillante interprétation ne m'a pas déçue. Elle rit, elle est fière aussi. Oui, il l'a fait plein de fois. Oui, il a marché plus que 4 pas. Dans toute sa maison, uniquement à condition qu'on l'ignore et qu'on ne le félicite pas, sinon le prince est déconcentré, il veut plus rien faire, il s'assoit et salut, rideau, le spectacle est terminé. Donc on l'ignore, quand on le récupère le soir, on n'en parle pas, on le force pas, on oublie les hurlements de joie, les applaudissements et les téléphones rivés sur lui. On le laisse faire. On lui laisse son moment, ses progrès, ses envies. Il faut qu'il le sente, sinon tant pis, on se couchera, la mort dans l'âme certes, tristes à mourir de ne pas l'avoir vu faire, mais dignes, comme des parents qui respectent le rythme de leur progéniture, d'ailleurs pour notre diplôme de parents de l'année, on préfère les cadres en bois, ça ira mieux dans l'entrée.

Mais vous pouvez ranger les mouchoirs. Il l'a refait, sous nos yeux. On était silencieux, on se regardait avec le mari, l'oeil rieur et complètement muets, comme deux carpes amoureuses de leur bébé, heureux, fiers, attendris, émus. On n'a rien filmé, juste admiré.
Il a cloué le bec à la théorie qui prétend qu'ils ne peuvent pas "tout faire", puisqu'il nous sort les dents 12, 13 et 14 en même temps. D'ailleurs merci les nuits et le come-back soudain et inattendu des réveils-tétines. M'enfin.

Voilà. Il fête ses 14 mois, il a appris à nous appeler maman et papa, et il sait marcher.
Tu gambades, insouciant, tu allumes la console, c'est interdit, alors tu plisses les yeux, pour nous amadouer, et puis on oublie. Je crois que derrière ta petite bouche en coeur qui nous sourit tu n'as même pas idée de notre fierté, à papa et moi.

Qu'est-ce qu'on est fiers de toi mon fils.
Joyeux moisniversaire. Et merci.


© Ourson Chéri


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