Escapade en Normandie, première.

15 mois et des poussières. C'est l'âge auquel nous nous sommes embarqués pour la première fois dans un week-end, rien que tous les trois. Pas de tante ou de Nanou dans le coin pour filer un coup de main. Non, juste le mari, le bébé et moi. Quelques heures de route, des sueurs froides au resto, et pas mal de fous rires. 

7:59 La mère surexcitée ouvre les yeux. 

8:00 Le réveil sonne. Je me lève, m'habille et vais réveiller le petit poussin. On part en week-end ! 

9:00 Bébé propre, habillé, nourri. Maman pareil. Le mari et moi nous congratulons de notre efficacité. Encore deux, trois trucs à fignoler, et on est bons. 

10:00 Bon, cette fois, on est bons. Direction Trouville ! 

10:30 La route est fluide (normal on est dimanche matin) le soleil réchauffe nos joues à travers les vitres. Ça sent les vacances. Justin Bieber est déjà passé trois fois. Et j'ai chanté. À chaque fois. 

10:45 On tape dans un paquet de Prince. Aaron nous a repéré. Il chouinera avec le bras tendu jusqu'à ce que nous capitulions. Tiens. Tant pis pour les miettes. 

11:00 Toujours pas l'ombre d'un bâillement. C'est fini le temps où il s'endormait sur la route. 

11:30 Justin Bieber re-passe. Cette fois, Aaron capitule. 

12:45 On est arrivés ! Frein à main, ceinture défaite, et le nounours qui rouvre les yeux direct. Petit checkin' rapidos à l'hôtel, et on fonce dans un resto de poissons, face à la mer. Bonheur. 

13:40 Rapidos, on avait dit. Bref. On choisit le restaurant sur l'indice de la sole meunière. A gauche, 19 euros, à droite, 39 euros. On va à celui de gauche, non ? 

13:42 On s'installe avec une chaise haute dégainée en moins de deux par la serveuse. T'as vu chéri, c'est bébé friendly ! Je survalide notre choix. "On a pas de sole ce midi". Bon. Va pour le bar. 

13:45 Aaron ne valide pas du tout. La situation vient de basculer soudainement. Hurlements, larmes, sanglots, il est évacué in extremis de la chaise haute, perdant une chaussure lors de l'opération. 

13:50 On se décide à abandonner l'idée de la chaise haute et de le garder contre nous. Apres un gros câlin, tout va mieux. La serveuse rapplique avec son petit plat réchauffé, la crise repart. On se regarde avec le mari et on se chuchote, comme l'info du siècle "il a peur". C'est la crise la plus longue de notre carrière. Il est rouge comme une pivoine. Quant à la tête des autres clients... Attendez, vous croyez vraiment que j'ai le courage de vérifier ? Je garde les yeux rivés sur mes chaussures et je m'enfuis quelques instants prendre l'air avec mon petit Cendrillon hurleur. 

14:00 Dehors, je prends le temps de lui expliquer ce qu'il se passe, où nous sommes et comment on doit se comporter au restaurant. Ça fait plusieurs semaines que je constate qu'il comprend tout (allez... presque tout), alors je me rend compte que ce long voyage, ce restaurant plein de monde, cette heure tardive de déjeuner, ça fait beaucoup à encaisser pour un petit garçon bercé dans ses rituels et sa routine depuis des mois. On y retourne, et j'essaie de dédramatiser la chaise haute y attablant son doudou et un bavoir. 

14:15 Après l'échec cuisant des jouets, du pain, de l'eau, et même de notre spectacle de Sophie la girafe, le déjeuner est finalement ok, merci YouTube sur Iphone et Raiponce. On savoure notre poisson pendant qu'Aaron vide le portefeuille du mari. Enlever les cartes et les remettre, tout un art pour un bébé de 15 mois. Ca vous fait gagner quelques minutes de calme. Mais attention à bien tout récupérer après, surtout par terre. 

14:25 C'est l'heure du dessert pour le mari, et du café pour moi. Aaron touille joyeusement dans les verres pas tout à fait vides avec sa cuillère préférée. Peu importe. On le laisse faire, en tenant les verres avec notre main libre. 

15:00 C'est le moment de se promener sur la plage et tester les toboggans. Réussite totale. Seul essai raté : la tentative de manège. En même temps, parents interdits, c'est pas très cool pour les bébés novices. Allez, sans rancune, on testera la chenille une prochaine fois. 

16h45 Hôtel, on sort la compote et on joue à un, deux, trois, soleil. 

17h30 Goûter tardif. Le mari et le bébé s'endorment l'un contre l'autre dans le lit king size. Je les contemple. Traduction : j'en parle sur snapchat. 

19h00 C'est l'heure de faire un plouf dans la piscine de l'hôtel. Vu son amour pour l'eau découvert l'été dernier, j'ai tout misé la-dessus. 

19h15 Il tient 5 minutes dans le petit bassin et dans nos bras, avant de trembloter de la lèvre inférieure et de nous regardé l'air inquiet. Tant pis pour la piscine, j'aurai au moins eu le plaisir de le dévorer des yeux dans sa cape de bain. 

20h00 Hantée par le spectre du déjeuner, et après une longue, très longue hésitation de ma part à ressortir dîner à l'extérieur (l'autre option étant d'envoyer le mari chercher un MacDo et bouffer des frites dans notre chambre), nous décidons de ne pas rester sur un échec. Crêperie, nous voilà ! 

21h30 On ferme la porte du resto. Le mari avance quelque pas devant moi, avec la poussette. Je crache la fumée d'une cigarette, la première et seule de la journée. On vient de passer le meilleur dîner à trois. Aaron a alterné entre mes genoux et ceux du mari, il a volé le chocolat de ma crêpe avec une paille et a sourit à tous les voisins de table. On aurai -presque-oublié le drame du déjeuner. 

22h30 Le poussin est couché, il n'a rien dit. C'est l'heure du kiffe ultime pour les détenteurs de douche: je me fais couler un bain. Un peu de mousse, le silence des bulles. Demain, il se réveillera vers 6h30, on le prendra avec nous dans le lit, ça fait si longtemps, on se rendormira tous les trois collés comme des aimants, on se gavera au génial petit-déjeuner de l'hôtel, on dira "au revoir" à la ville depuis notre voiture, comme des demeurés, on se promènera sur les planches de Deauville, on courra dans le sable cheveux au vent, on prendra un selfie raté mais génial quand même, on déjeunera au soleil, un plat Blédina pour lui et un verre de Chardonnay bien frais, pour nous qui n'aurons pas faim à cause de l'orgie du petit déj. 

On reprendra la route, on se dira que c'était le meilleur week-end. 
On se promettra que dorénavant, on fera ça chaque saison. Qu'on ira dîner au même endroit, que ça deviendra un nouveau rituel, et qu'Aaron sera le petit bouclé que l'on voit, une fois tous les trois mois.  Ce sera vraiment bien. 

Ça s'est passé comme ça. Au moins le lendemain. 

Pour le reste, je vous dirai. Rendez-vous dans trois mois.








© Ourson Chéri





Commentaires

Lila a dit…
Très beau récit toujours un plaisir de te lire !

Bonne soirée à toi et à ta petite famille

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