#POSTBABYBODY, partie 2 : Sois toi-même, tous les autres sont pris

Je suis à la maternité, Aaron dort dans son petit berceau, on se regarde avec le mari, et il se met à plaisanter sur ma phobie des vergetures. Un truc du genre "Alors, heureuse de les avoir évitées ?". Je pouffe de rire tout en hochant la tête. Si tu savais. Je le vois, là,  mon petit coeur d'Aaron, et pour lui j'aurai pu avoir le corps recouvert de toutes les vergetures du monde tellement je suis heureuse. La moralité c'est ça. Tout, pour mon enfant. Les nausées, le corps déformé, la réeducation du périnée, on s'en fout. C'est lui qui compte.
Le problème c'est que je suis dans l'euphorie de la naissance. Après...
Après on s'habitue. Après la routine s'installe. On se fait au merveilleux, il devient normal, c'est le piège mais c'est la vie. Viens un jour où ton bébé fait la sieste et tu fais le bilan. Ton corps avait le mérite de porter la vie. Maintenant le ballon dégonflé n'est plus beau pour personne.

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Je m'attaque à un sujet qui paraîtra bien superficiel à beaucoup de femmes, et peut être d'hommes.
Je ne parle pas de ce qui est le plus important quand on a un enfant (on est toutes d'accord pour répondre en choeur "la santé" -et les plis sur les cuisses, aussi).
J'aborde un sujet totalement superficiel et pourtant essentiel, puisqu'au delà de mes selfies indécents, il est question de notre regard sur nous-même.
Et, quelque part, de notre bien-être.
Parce que j'ai passé des années de mon adolescence à me détester, fuyant le reflet des miroirs que je croisais, fantasmais sur la beauté naturelle de mes camarades de classe, et rêvais du jour où je serai, au moins dans ma tête, l'une des leurs, j'avais à coeur de ne plus jamais revivre un tel dégoût de soi. J'ai lutté pour m'aimer et il a fallu tout recommencer.  Il a fallu se plaire à nouveau.


On vous répète des phrases toutes faites pour vous rassurer, on qualifie même les vergetures de "tiger stripes" en anglais. Ben oui, maintenant on est des tigresses. Bien sûr. Ca valorise. C'est sensé faire oublier que certaines ont un corps de rêve à peine deux semaines après l'accouchement. Que d'autres ne prennent que petits 9 kilos pendant 9 mois. Et pourtant, elles ont eu un bébé, elles aussi.
Alors une question légitime se pose. Pourquoi elles auraient le bébé ET le corps de rêve... et pas moi ? 
Je n'ai jamais vraiment voulu avoir le "corps d'avant", en vérité je trouve ça stupide. Avant quoi ? Avant d'avoir porté une âme de 4,1kg pendant 9 mois ? Soyons honnêtes. Les stries sur mes cuisses, la cellulite toute neuve, et -ne l'oublions pas- l'épisio sont formelles : le corps d'avant n'existe plus. Il a été marqué par l'expérience la plus unique au monde. Mais s'aimer, après, c'est possible ou on a plus de chance de voir passer une licorne par la fenêtre ?

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Et voilà. J'y suis. On passe une vie à bouloter des McDo et des pizzas, et un beau jour, on se retrouve de l'autre côté de la barrière, celui de la nana au régime qui commence à s'intéresser à cette histoire de TBC.
Je suis passée à l'action. Je ne peux rien contre les stries, je ne peux rien contre les seins moins ronds -à moins de passer au silicone, mais je pense que ça n'arrivera pas, et puis à vrai dire je reve meme d'une mini-poitrine, rien que pour porter de la lingerie "décorative", vous savez, celle qui est jolie et qui ne sert à rien- en revanche il y a bien quelque chose que je peux faire : me prendre en main. Devenir celle que je veux être : moi, en mieux.
Je peux réveiller mes muscles paresseux, je peux prendre l'escalier, je peux découvrir les très mystérieux sumo-squats et les faire en tout en repassant mon linge (comment ça je deviens un cliché honteux de femme des années 50 ? Vous croyez vraiment qu'elles faisaient des squats ?), je peux me mettre à la cuisine vapeur (ça tombe bien j'ai un baby-cook), je peux arrêter de manger le paquet de pistaches entier, et je peux même me remettre au thé vert -à défaut de céder à l'incontournable et insupportable jus de citron frais pressé au réveil.
Je peux oublier mon corps d'avant et m'en bâtir un encore mieux. Plus sain, plus vrai, et plus courageux aussi.  Parce qu'il n'est pas si nul, ce corps qui a porté la vie. On va l'aider, à grands coups de brocolis et de crunch. Les abdos, pas le chocolat. Alors ce sera pas tous les jours, parce qu'on est humain et que les pâtes c'est tous les dimanches, avec ou sans régime. Mais ce sera souvent. On essaiera. Au bout de quelques semaines, on remettra ses vieux jeans. Quelques mois et on fermera le bouton sans avoir besoin de s'allonger sur son lit.
L'été arrivera, bébé aura 7 mois, et on se plaira, enfin. C'est mon corps. A moi d'en prendre soin, à moi de l'aimer.

 © Ourson Chéri


Je suis très loin de la perfection. Je ne suis pas que la photo filtrée sur Instagram, je suis aussi cette petite culotte de cheval, ces jambes trop courtes, ces vergetures sur les hanches, ces fesses pas assez musclées, ce dos toujours voûté.
Mais je me le suis promis : j'apprendrais à me tenir droite. Parce que je suis ces exercices faits le soir à 23 heures alors que je pourrais dormir. Je suis les 2h30 de transports et de marche que je fais chaque jour pour aller travailler et récupérer mon fils à la crèche. Je suis le regard fier du mari. Je suis le sourire amusé de mon bébé quand il me voit en pleine séance d'abdos. Je suis tout ça.

Maman, femme, forte et vulnérable, spirituelle et superficielle, accro aux brocolis, surtout quand ils sont saupoudrés de parmesan, de poivre et d'un filet d'huile d'olive.

Je ne suis pas parfaite, mais je fais de mon mieux, avec ce que j'ai.

Et je m'aime. Quand même.



© Ourson Chéri









Commentaires

Ines a dit…
c'est beau, c'est humain et surtout on s'y reconnaît. :) merci pour ces mots.
Fabiana Ramos a dit…
Tu es parfaite ma belle... et ce que tu écris, ce n'est pas futile, c'est un vrai sujet on passe toute par la.
Unknown a dit…
Roooo ça me met mal à l'aise de faire partie des nanas qui prennent 5kg pendant la grossesse et qui ont le physique irréprochable une semaine post partum avec une paire de nénés balaise grâce à l'allaitement. Sauf que l'allaitement ça dure pas et qu'en juin j'ai pleuré tous les jours pendant un mois en voyant que plus rien ne m'allait, même pas les hauts de maillots XS :s
On est toutes différentes mais on a toutes nos complexes. L'allaitement m'a volé mes minuscules seins et je suis maintenant aussi plate qu'une enfant de 8 ans...
Aime toi toujours :D Pour chéri et bébé tu es toujours la plus belle ;)

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