Varicelle, scène finale.

Je suis naze. Morte. Une loque. Il ne me reste plus un gramme de patience et plus une once d'énergie. Ma seule consolation réside dans le paquet de chips odieusement salé que je viens de m'enfiler et la nouvelle collection Zara Baby. La raison à cet état ? Mon fils a la varicelle.
Laissez-moi vous raconter.

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Jour 1. Center Parcs. Dimanche matin. La campagne, les daims que je n'ai pas vus, et le soleil froid qui glace les joues quand je m'en vais fumer ma cigarette d'après-café pour appeller les grands-parents et prendre des nouvelles du petit poussin. La voix n'est pas gaie, le ton est grave mais rassurant. "Bon. Il a la varicelle". Je crache ma fumée les yeux dans le vague, en imaginant déjà l'organisation de la semaine qui va suivre.

Jour 2. Attention, ne pas oublier, ne pas le laisser se gratter, nettoyer un à un tous les boutons qui sont sortis, 3 fois par jour, chaque heure en découvrir de nouveaux, le voir paniquer quand il les regarde sur son petit corps dont il a apparemment conscience, gérer la fièvre qui monte et descend, retrouver les nuits hachées, les hurlements, les pleurs impossibles à calmer, ceux qui me rappellent les coliques et le reflux, ceux que je déteste, parce que mes bras et mes mots n'y font rien.  Cette nuit-là, il pleure, il hurle même, il me tend les bras, je le prend évidemment contre moi, mais aucune position ne le soulage, à peine posé, il change de place, se retourne, cherche désespérément un moyen d'être bien. En vain.

Jour 4. Je retourne bosser. Les boutons sèchent, la fièvre passe, un nouveau jour sans voir le ciel, il tourne comme un lion en cage, d'ailleurs sa nanou l'a revu 100 fois au moins, le Roi Lion, celui qui court dans la savane pendant qu'elle tourne avec lui dans le salon, il a fait gagner quelques précieuses minutes, sinon, rien à faire. Pas envie de jouer, pas envie de dormir, à peine envie de manger. Merci Nanou.

Jour 6. Samedi. Je remercie les interrupteurs d'exister. Mes sauveurs. Les autres, vous pouvez tous rester au fond d'un coffre. J'ai passé la journée la plus chaotique depuis très longtemps. Une journée entière à entendre un chouinement continuel, même devant ses avions préférés, ses livres, son garage, les télécommandes. Pourtant, plus de fièvre, une varicelle sensée être en "pente descendante", des boutons de moins en moins nombreux.

Il m'a rendue dingue -j'ai effectivement songé une seconde à un retour à l'expéditeur, jusqu'à ce que je réalise que les expéditeurs c'était nous- mais je le connais. Il n'est jamais comme ça pour rien. Comme à chaque fois que je ne n'ai pas reconnu mon fils, j'ai inspecté ses gencives. Et sans surprise, j'ai découvert l'arrivée des molaires. Ces quelques traits blancs ont balayé la théorie du caprice pour la théorie du courage. J'ai puisé mes dernières forces dans des Kinder Eggs pour tenir jusqu'à l'heure du coucher. Adieu le régime.

On a fait notre câlin du soir.
Un dernier bisou tout collant du dolodent et qui sentait la fraise du doliprane.
J'ai poussé la porte, épuisée. On l'entend toujours dans son lit, il est encore réveillé.

Il y a les jours faciles, tout roule, la sieste se passe nickel, les repas sont dévorés jusqu'au dernier, les jouets sont usés et on a mal aux joues tellement on a rigolé.
Et puis il y a les jours comme aujourd'hui. C'est le deal, je pense.
La varicelle, "ce sera fait". Tiens, les dents aussi, d'ailleurs.
Après les molaires, il en reste d'autres ?

On verra. Je crois qu'il dort, cette fois.
Mari, vin, pizza. Tout va mieux, déjà.



© Ourson Chéri 





Commentaires

Anonyme a dit…
Comme je me sent concernée en lisant tes mots/maux... mon poussin à moi, a la varicelle depuis quelques jours et tout comme toi les journées sont longues et les nuits sont rudes.
Mais te lire quand, par chance, il me laisse quelques minutes pour reprendre mes esprits, me redonne le sourire et plus encore ce soir...

Bonne continuation à toi et ta jolie famille.

Rosalie
Merci beaucoup ! Courage pour ton petit coeur (et toi!) !

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