Je sème, il m'aime (Mood #9)


Je n'ai pas aimé être enceinte. Je ne voulais pas allaiter. Je n'étais pas cette mère fusionnelle avec son nourrisson. Jusqu'à ce que je découvre qu'il m'aime.
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Ca fait quelque temps que j'y pense. Depuis que j'ai vu "Room". C'est con quand même. Je me suis rendue compte du lien mère-fils en regardant un film sur une mère enfermée avec son enfant pendant 7 ans dans une pièce de 10m2. Je me suis rendue compte de ce que je vivais, et à quel point j'avais de la chance d'avoir mon fils avec moi en bonne santé. Libres et heureux.
J'en ai déjà parlé ici, Aaron et moi, on a mis du temps à s'apprivoiser. Par ma faute.
Pas légitime en tant que maman, pas assez bien, pas assez courageuse. Parce que j'étais la mère qui soupirait quand le babyphone s'allumait à 4 heures du mat', celle qui ne savait plus quoi faire pour l'endormir parfois, celle qui allait fumer une clope à la fenêtre pour souffler un peu. Depuis qu'il a grandit, tout va mieux. Tout est pire, même. En semaine, impossible de déroger à ma routine, si exténuante soit-elle. Je n'aime pas sortir le soir entre filles en sachant qu'il est à la maison, je n'aime pas avoir un rendez-vous après le boulot et devoir confier la mission "récupération à la crèche" à quelqu'un d'autre. C'est grave docteur ? Parce que ça me bouffe vous savez, c'est là, dans mes tripes, je ne suis pas à ma place, je ne me sens pas bien. Je stresse, regarde l'heure, compte les stations de métro, vite, rentrer, envoyer 10 textos au mari, lui dire où j'en suis. Voilà, en un claquement de doigts, je suis devenue fusionnelle. C'est arrivé d'un coup. J'ai ressenti son amour, j'ai compris qu'on allait s'aimer toute notre vie et maintenant je regrette de ne pas avoir plus profité de ma grossesse. Ne pas avoir essayé d'allaiter. Avoir mis tant de temps pour accepter ma légitimité en tant que mère. C'était tellement con. Mais comment j'aurais su moi, que ça allait être à ce point-là ?
Son sourire, ses yeux malicieux, ses petites caresses dans mes cheveux quand on attend le bus. Il a tout fait fondre comme neige au soleil. Toutes les barrières, toute mon histoire, toutes mes peurs. Tout, comme envolé, disparu, on appuie sur reset et on se fabrique un coeur tout neuf. Y a plus qu'à aimer. Le bouffer d'amour, chanter pour lui et voir que ça lui plaît, caresser son visage le soir avant qu'il ne s'endorme et lui dire que demain sera une encore meilleure journée. Aller faire du toboggan, courir en revenant sous l'orage, et l'entendre avoir un fou rire.

Parce qu'avec l'amour et l'énergie qu'on lui a donné, il a grandi, appris à tenir des objets, s'assoir, ramper, marcher, sourire aux inconnus, rire à nos blagues nulles, enlever ses chaussettes, savoir où sont ses yeux, se cacher derrière un rideau, faire au revoir et bravo, éteindre les lumières et la hotte de la cuisine, coller sa joue pour donner un bisou, faire une caresse après avoir été brusque, se brosser les dents et souffler sur la purée quand elle est trop chaude. Tout ça, c'est grâce à lui, mais c'est grâce à nous aussi. Même si on a soupiré, c'est grâce aux biberons de 4 heures du matin qui ont soulagé sa faim. C'est grâce aux jeux stupides qu'on inventait le soir, fatigués en rentrant du travail. Parce qu'on est crevés mais qu'on fait du bon boulot. Et surtout, qu'on a de l'amour à revendre depuis le jour où il a poussé son premier cri. Ce jour-là, on s'est dit qu'on mourrait pour lui. Les nuits ont été difficiles, les jours parfois trop longs, mais on lui a tout donné.

Voilà, je te donne tout. Même quand je n'aimais pas ma grossesse, je t'aimais toi. Même quand je n'ai pas allaité, j'étais ta maman. Ca n'a pas été parfait, je ferais peut-être différemment une prochaine fois. C'est sûr, même. Mais c'est comme ça, c'est notre histoire. Elle est belle aussi.
Chaque samedi, je ne suis rien qu'avec lui. Le baby-phone se met à chantonner, j'ouvre les yeux, impatiente de pousser la porte de sa chambre et voir sa tête enfarinée se cacher sous une peluche. Je réchauffe son biberon, il appuie sur la machine à café, on boit tout ça dans le grand lit devant la Reine des Neiges. On se regarde dans le blanc des yeux, on se sourit. Quand il est calme comme ça, qu'il touche mes cils avec ses petits doigts et rigole en me voyant fermer les yeux, aucun mot n'a besoin de sortir de sa bouche, je sais. Il m'aime. Je suis son monde, il est le mien. On a tout.
Ce soir, j'étais fatiguée. Tu t'es allongé contre moi, dans le canapé, avec ton livre de comptines. Tu souriais en touchant mes cils, encore. Tout calme. Tout doux. Comme si tu avais compris que j'avais besoin que tu sois sage. Tu dors maintenant et c'est moi qui ne trouve pas le sommeil. Comme souvent, quand le silence est de retour dans la maison, ma batterie est pleine, tu me manques et j'aurai presque envie de te réveiller pour t'entendre à nouveau.
Je n'en ferai rien. Je te laisse grandir.
Mais j'ai hâte.
Depuis que tu es là, j'ai toujours hâte d'être demain.
Mon compte est vide, mes cernes sont pleines.
Et je suis la plus riche du monde.






Commentaires

Des larmes aux yeux... Merci
Très beau Delphine
Unknown a dit…
On soupire toutes quand on entend le babyphone à 4h du mat', et puis ils nous regardent et nous sourient, et on oublie... ;)
Unknown a dit…
On soupire toutes quand on entend le babyphone à 4h du mat', et puis ils nous regardent et nous sourient, et on oublie... ;)
Audrey sanchez a dit…
Je te lis, je ne dors pas, mon fils dors dans la chambre à côté et il me tarde demain matin...nous sommes toutes les mêmes et tu nous décris si bien si justement...merci!!!
Sublime ode à l amour et à la vie...
MERCI à toutes pour vos jolis mots <3
Sophie a dit…
c'est beau et émouvant...et j'ai ressenti cette même explosion dans notre relation mère-fils. La meilleure chose au monde.
Comme toujours, ça colle presque à ma vie avec hugo!
Comme toujours cela colle presque à ma vie avec hugo !

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