Pourquoi j'ai renoncé à être son parent préféré

Révélation de la mauvaise mère n°1 : je me suis souvent sentie agressée par les pleurs de mon bébé. Les cris me stressent, me rendent nerveuse et parfois même m'agacent. Ils me renvoient à ma totale inutilité. En gros, le panneau "mère nulle à chier" s'allume et clignote en même temps que mon fils pleure.
J'ai atteint l'apogée de cette période quand il avait 1 mois et demi, que les coliques et le reflux étaient les plus violents, que les journées étaient interminables, ponctuées de pleurs incessants et totalement absentes de sieste. Pas un moment de répit. Je fumais à la fenêtre de ma cuisine en 3 minutes chrono, en regardant les enfants qui passaient dans la rue, et en me disant que leurs parents avaient bien fini par passer au travers de cette étape terrible, de ces premières semaines difficiles des nourrissons. Quand je voyais une femme enceinte proche du terme, je m'inquiétais pour elle, pour ce qui l'attendait. Tout me semblait insurmontable. Finalement, cette période chaotique s'est terminée aussi vite qu'elle est apparue, et avec 18 mois de recul je crois que je ne me suis toujours pas pardonné ces moments de faiblesse, cette incompétence de jeune maman. Cette phase a été éreintante émotionnellement. Mais aujourd'hui je me dis que je me suis noyée dans un verre d'eau, que j'aurais dû deviner que ça finirait par s'arranger, que j'aurais dû être plus forte. Je ne regrette rien car cela fait parti de notre histoire à lui et moi. Notre lien qui s'est tissé au fil des jours, cette manière que l'on a eu de s'apprivoiser.
On a finit par avoir une phase fusionnelle tous les deux. Je n'ai jamais rien aimé de plus au monde que ça. J'ai eu l'impression d'avoir vengé la période biogaia et polysilane, celle qui m'avait fait tant de mal, celle pendant laquelle je me sentais si mauvaise, alors que j'apprenais encore à devenir maman.
Mais à mon grand regret, tout est revenu comme un boomerang quand j'ai traversé récemment une nouvelle phase d'interrogations légèrement dramatiques, du style "Pourquoi ne m'aime-t-il pas ?".
La cause ? Il préfère son père.

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Je l'ai porté, j'ai eu des nausées et des décharges électriques quand je marchais, j'ai pris 18 kilos, subi 17 heures de contractions et une épisio, inventé des chansons, fabriqué des villages rien que pour qu'il s'amuse à les détruire, un tipi pour lire une histoire tous les soirs (même ceux où j'irais bien me coucher à la même heure que lui) et fait des purées maisons tous les soirs en revenant du travail et de mes mes 3 heures de transport quotidiens.
Pourtant, malgré mes efforts, il me snobe.
Rien n'y fait, il préfère son père. Quand il le retrouve le soir, la Terre s'arrête de tourner, il lâche tout et fonce vers lui. Le matin il m'ignore et l'appelle depuis sa table à langer, comme si je n'étais qu'un domestique en charge de son habillage. Une fois, il a carrément fondu en larmes et hurlé frénétiquement en fixant la porte quand son père adoré est allé descendre la poubelle. Une opération qui a duré 3 minutes et demi. Aaron pleure en arrivant chez la nounou uniquement quand c'est le mari qui le dépose, et lui adore ça. "Il a pleuré quand je l'ai laissé, il m'aime" se vante-t-il dans un sourire faussement dissimulé.
Inséparables. Identiques. Même caractère tendre et colérique, même bouclettes, même bouche en coeur. Je ne mens jamais, alors voici la vérité : je suis vexée comme un pou.
Mais je vous aime quand même. Si j'ai, un temps, pensé à établir un plan machiavélique à grand renfort de mousse au chocolat et de nouvelles cuillères en plastique pour devenir sa préférée, j'ai décidé de renoncer et de prendre ce que mon ingrat petit nounours daigne me donner.

Explications.

Une fois mon mélodrame "Pourquoi ne m'aime-t-il pas?" jeté à la poubelle, j'ai réalisé que j'avais encore idéalisé à tort. Je me voyais avec une fille, j'ai eu un garçon. J'idéalisais la grossesse comme un état de grâce absolu, je me suis trainée en legging en menaçant mon gynéco de me déclencher.
Et je recommence, cette fois avec la relation mère-fils.
J'imaginais qu'il serait littéralement collé à moi, que je serais le centre de son univers.
Sauf que j'ai fait un bébé, avec son caractère, ses affinités, ses envies. Mon bébé aime l'avocat, le quinoa, faire semblant de préparer à manger, lire des comptines, surtout celle de la coccinelle qui est passée sur le bout de nez et hop, trop tard, qui s'est envolée, balancer ses jouets dans le bain, et sortir de sa poussette dans le bus pour s'assoir avec moi sur un vrai fauteuil. Il a des goûts à lui.
J'ai fait un bébé, pas une poupée. Je suis là pour l'aider à grandir, l'accompagner, lui apprendre, l'aimer, le chérir, le rassurer. Son amour n'est pas une compétition.
Il est le petit être le plus innocent de la planète, il ne ferait pas de mal à une mouche, et moi j'ai trouvé le moyen d'être vexée par lui.
Son amour est le plus pur qui existe, et moi j'ai voulu me l'attribuer, le forcer, le diriger, l'exiger à la manière dont je l'avais imaginé dans mes fantasmes égoïstes. Comme un caprice.
J'ai compris, mon bébé. Promis, j'arrête.
Donne moi l'amour que tu as, comme tu le veux. Tant pis pour les câlins toujours trop courts, tant pis pour les fois où tu ne te tournes pas vers moi quand tu te fais mal.
Tu me donnes tellement, autrement. Les bisous volants que tu m'envoies le soir quand je te couche. Le moment où tu t'affales maladroitement contre moi sous le tipi, tétine dans la bouche/doudou dans la main et que tu attends que je démarre la lecture.
J'ai compris que tu avais mille manières de t'attacher à moi, et autant de t'attacher à ton père. Il est un peu plus drôle, je suis un peu plus câline. On t'apporte à notre façon ce qu'il te faut pour sourire à chaque réveil, éclater de rire au déjeuner, et être serein le soir quand tu t'endors. Tout ça suffira. Tout ça forme notre famille, dans son imperfection la plus belle.
J'ai oublié que je voulais une fille quand je t'ai pris dans mes bras la première fois.
J'ai accepté d'avoir un fils à papa quand je vous ai vu vous regarder si amoureusement.
Je vous aime plus que toutes les plumes du monde ne sauraient l'écrire.
Et je vous veux heureux. Ce sera mon seul caprice. Je veux être ton refuge, seulement quand tu en auras besoin. Je veux être ton pilier quand tu trébuches. La voix qui est là quand tu pleures la nuit. Le sourire quand tu réussis un puzzle. Je serais toujours là, dans un coin. Je ne cèderais jamais ma place. J'apprendrais à ignorer ces signes de délaissement, qui n'en sont pas vraiment. A me souvenir de tes petites preuves de tendresse, celles qui guérissent tout le reste.
Et je te laisserais avoir besoin de moi.

Quand tu voudras.




Commentaires

Barbara Dahan a dit…
Wahouuu...comme d'habitude beau, juste, et avec tellement de recule
Sproten laetitia a dit…
Magnifique comme d habitude
Rhooo c tellement ça, j'en ai déprimé aussi il y a quelques semaines lol!!!
SophieJoAaron a dit…
C'est beau comme réflexion... mon Aaron est lui plutôt le fils à maman, et je ne suis pas sûre que j aurais réussi à prendre ce recul, bienvenue au clubs des femmes peu sûres d'elles en perpétuelle demande d'amour !
VictoriaVD a dit…
Bonjour,

Lire cet article et me reconnaître et me sentir moins seule.

Je me suis souvent sentie agressée par mon bébé tout court! Que ce soit par ses pleurs que son père gérait beaucoup mieux que moi ( il le prenait dans les bras, lui massait le ventre et en 10 secondes c'était fini), par ses demandes toutes les 2 minutes, par ses " mammmmannn" répétés 50 fois jusqu'à ce que je lui donne ce qu'il veut. J'ai souvent dit: " il me persécute", j'ai souvent eu la sensation d'avoir attaché un boulet à mon pied.

Les premières semaines ont été très difficiles après un accouchement que j'ai détesté. Je passais mes soirées à pleurer parce qu'il pleurait, mes journées à pleurer parce que j'avais la sensation de ne pouvoir rien faire et de ne plus pouvoir être jamais seule, tranquille dans un coin sans que l'on me dérange toutes les 5 minutes.

J'avais tellement voulu un garçon, tellement idéalisé ce qu'était un bébé que j'ai eu l'impression de sauter du haut d'une falaise et de m'enfoncer un peu plus chaque jour.
Puis il a commencé à faire ses nuits, j'ai repris des forces. Les rejets se sont faits plus rares. J'ai arrêté de pleurer tous les jours, puis toutes les semaines puis tous les mois. Il a grandi et à 19 mois, je commence à savourer.

Je me dis aussi que j'ai vraiment été faible dans ses moments et que j'ai eu une chance énorme en ayant un mari qui m'a soutenu comme il pouvait. Mais à l'époque, je ne pensais pas pouvoir y survivre. Cela me retient encore à l'heure actuelle pour envisager un ptit frère ou une ptite sœur.

Il préfère aussi son père. Enfin, c'est comme ça que je le ressens. Quand je viens le chercher le soir chez la Nounou, il me fait un scandale et ne veut pas partir. Quand c'est son père ou même sa grand-mère, il arrive en courant et en 1 minute c'est plié. Quand son père rentre le soir, il lui saute dessus alors que moi, il ne me calcule pas. Mon mari me rassure en me disant que c'est normal puisque lui s'absente 2 à 3 soirs par semaine pour le boulot alors que moi je suis là tous les soirs.

Mais quand j'ouvre les yeux, je réalise qu'il m'aime différemment. Un peu comme son père en fait. Il n'est pas démonstratif mais je vois dans ses sourires l'amour que mon fils me porte. Il voit dans les miens que je donnerais ma vie pour lui. Alors tous les soirs quand je le couche, je lui répète inlassablement que je l'aime même si c'est moi qui ai essuyé toutes les crises de la journée et que son père n'a eu que des câlins!
amina dridi a dit…
Wahouuu ...un article plus qu'émouvant! !! Les larmes aux yeux
@Barbara
Merci beaucoup, comme toujours!

@Laetitia
Merci !!!

@Nesly
On est moins seules :)

@SophieJoAaron
Haha ce club c'est ma vie ! J'espere intégrer celui des mamans avec petits garcons collants :)

@Victoria
Je vois que l'on a partagé de nombreuses émotions avec nos bébés, courage à toi dans l'acceptation de cette phase, un jour peut etre ce sera notre tour d'être les chouchoutes :) mais d'ici là, c'est de l'amour, quand même !

@Amina
Merci beaucoup :)
Unknown a dit…
Ton âme est belle... si belle quelle me fait pleurer parfois en lisant tes textes. Ne change rien. Nous avons chacune nos combats et tu menes les tiens avec force et courage. Prends soin de toi.
Fanny
Martin Fanny a dit…
Ton âme est belle... si belle quelle me fait pleurer parfois en lisant tes textes. Ne change rien. Nous avons chacune nos combats et tu menes les tiens avec force et courage. Prends soin de toi.
Fanny
Martin Fanny a dit…
Ton âme est belle... si belle quelle me fait pleurer parfois en lisant tes textes. Ne change rien. Nous avons chacune nos combats et tu menes les tiens avec force et courage. Prends soin de toi.
Fanny
Anonyme a dit…
Waou ton article est vraiment magnifique ! J'en ai eu les larmes aux yeux... Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à mon fils. Merci pour tout ces beaux articles.
Stéphanie

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