5 heures de train et des bouclettes moites



Je passe au Relay pour acheter un magazine féminin, un paquet de chips et une Volvic citron. J'ai mes nouvelles chansons fraîchement téléchargées dans les oreilles, les premiers rayons transpercent la verrière de la gare de Lyon, et je sens déjà ce fourmillement enthousiaste des vacanciers parisiens, ceux qui abandonnent leurs pavés pour quelques jours près d'une eau salée mélangée à du monoï et du pipi d'enfant.
J'adore le train. J'adore les gares. Je ne sais pas que ce qu'elles me rappellent, ou peut être bien que je le garde pour moi, mais c'est le bien-être absolu. Le départ, le voyage, l'inconnu. L'aventure. La vie.
Sauf que c'est la Delphine d'il y a 10 ans qui vous parle.
Hier, je n'ai pas trouvé de chips, je n'ai pas pu écouter "Paper People" de Freak Owls en marchant d'un pas décidé sous la verrière ensoleillée de la Gare de Lyon, ni regarder le paysage en rêvassant côté fenêtre. Je suis maman maintenant. Et il y a un poussin de 19 mois qui en a décidé autrement.


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On passe au Relay, non pas pour aggraver mon découvert ou acheter un magazine féminin, mais pour faire le plein de bouffe du voyage. Pas de sandwich et que du sucré, je tourne les talons. Avec ma poussette, mon poussin, le sac à langer plein à craquer sur une épaule, mon sac à main de 6 kilos sur l'autre, et un dos déjà en compote.
Deuxième Relay, échec, tentative dans une autre boutique d'en-cas où le crudités poulet coûte 7,50€, je me dirige pleine d'un tout dernier espoir vers une Brioche Dorée quand le mari m'appelle.

-T'es où ? 
-Je viens de me taper tout le hall 3 chargée comme une mule à la recherche d'un sandwich à moins de 5€, et toi ? 

Il est au hall 2, celui de notre train. Je monte l'escalator. Naïvement. Quand le cauchemar, celui que je redoute depuis 19 mois et 21 jours se produit. Je suis restée coincée une fois en haut. C'est-à-dire que ma poussette fait du sur-place et ne sort pas de l'escalator, du coup ben je fais du sur-place moi aussi, comme sur un tapis de course, en voyant avec horreur les marches continuer de monter sous mes pieds. Dans mon malheur, j'ai une chance : personne n'est derrière moi. Je cours donc, sur mon tapis-Escalator, en poussant de toutes mes forces ma poussette (pourtant une Stokke putain), et le tout évidemment sous les yeux consternés des voyageurs postés devant moi, sur la terre ferme. La victoire est proche, j'ai fait mon sport pour la semaine et la poussette roule enfin sur un plancher immobile quand je reprends très dignement et l'air de rien ma conversation avec le mari resté au bout du fil pendant ce pitoyable épisode. On oublie tout, on flashouille, il ne s'est rien passé.
On trouve miraculeusement des sandwich à 5€ au dailymonop'. Tout est bien qui finit bien.
Rendez-vous dans 9 minutes, quai 19, voiture 13, place 34.


17:22 Les portes se referment, et j'évite le regard des voyageurs de ma voiture, ceux qui ont cru jusqu'au dernier moment qu'ils échapperaient aux enfants dans leur trajet. Et naaaaaaan.

17:40 Aaron jette son dévolu sur les gâteaux Savane gentiment offert par un monsieur de la gare dans un petit sac plein d'autres petits trésors spécial vacanciers. Problème, il ne supporte pas voir ses mains sales, et me somme de le nettoyer au fur et à mesure que le gâteau, pressé contre ses petits doigts collants, fond inévitablement. Je ne sais pas comment je me suis sortie de ce bourbier mais au bout d'un moment j'ai fini par tout jeter -le mélange lingette-miettes-serviette-chocolat dégoulinant- à la poubelle. Bon débarras.

17:55 Le mari et moi concluons un deal. Je m'occupe d'Aaron jusqu'à 18:30 pendant qu'il se repose et ainsi de suite.

18:00 Je pars fièrement à la recherche du cahier et des stickers que j'ai achetés spécialement pour l'occuper en silence pendant le voyage. Après quelques minutes de contorsions, je trouve les gommettes. Après quelques minutes de transpiration et de soupirs, j'abandonne l'idée de trouver le cahier, que j'ai sûrement oublié chez moi. Je lui propose ce formidable jeux sur les serviettes en papier des sandwichs. Il s'énerve sur l'autocollant resté sur son doigt et passe à autre chose au bout de 3 minutes et demi. Fail absolu.

18:05 La tata d'Aaron sort l'outil magique. Un MacBook Air avec La reine des Neiges dessus. On dégaine le casque. Le silence règne.

18:10 Le mari dort, et moi je cherche à capter la 3G pour aller sur Instagram.

18:30 C'est le tour du mari mais tout le monde est si calme... Grand seigneur, je fais du rab'.

18:50 Aaron a changé de position 3 fois en 30 secondes. Ca sent la fin. Le mari prend les choses en main et moi je sors les écouteurs. J'ai menti : je vais pouvoir contempler le paysage avec la musique plein les oreilles. Au moins pendant 15 minutes.

19:10 Un peu chez tata, un peu chez papa, un changement de couche, un arrêt à Valence, un sourire des contrôleurs, les minutes passent, on s'occupe comme on peut, bref on gère, tout est sous contrôle.

19:40 C'est l'heure des pâtes au pesto dévorées dans les bras de papa et du yaourt laborieusement donné parce que monsieur préférait remettre sa tétine après chaque bouchée et trouvait ça vraiment drôle. D'ailleurs, à force, nous aussi.

20:30 On apprend le coloriage avec un marqueur noir. Les stickers peuvent encore une fois aller se rhabiller. Et les lingettes sont de retour, pour ses petits doigts de ramoneur.

21:00 Il nous reste les 45 minutes les plus longues à tenir. On a tenté une nouveauté: Oui-Oui. Il aime et moi je revois ma petite sœur à travers lui. Les yeux innocents, les cils immenses et la tétine. Il adore, et c'est officiellement le seul dessin animé non-Disney qui trouve grâce à ses yeux.

21:05 Ca y est. Le diable s'est emparé de lui. Il chouine, hurle quand on lui chuchote de se calmer, éclate de rire quand on lui dit d'arrêter, change de place, veut regarder un film, enlève le casque au bout d'une minute du film, appuie sur tous les boutons, se contorsionne à nouveau, chouine encore, et ne veut décidément pas essayer de dormir. Dans ces cas-là, je suis du genre intransigeante et bornée, celle qui veut à tout prix l'éduquer à la dure et ne céder à RIEN. Le mari, lui, est d'une patience à tout épreuve, et essaie juste de gagner du temps. Chacun sa méthode, mais aucune d'elle ne fonctionne, le petit monstre est dans la place. Bon, on va se chercher un café tiens. Quitte à ne pas dormir.

21:15 J'ai droit à un câlin en sirotant mon café à la voiture-bar. On est moites, fatigués, mais il a toujours la meilleure odeur du monde dans ses bouclettes et il se love contre moi. Je fond comme le Savane sous ses doigts.

21:30 On a un gobelet vide et un plancher plat dans le couloir. On a donc potentiellement le meilleur jeu du monde pour Aaron : faire rouler des trucs par terre.

21:52 Le train a 7 minutes de retard, on fait évidemment la queue devant les portes pour sortir en premier comme tous les relous. Et comme toujours, je me suis trompée de côté pour la sortie.

7h55 On s'est réveillés avant Aaron.
Tata a trouvé Pikachu en se promenant près de la piscine.
Aaron a dit tasse quand je me suis fait un café.

Bref, je crois que les vacances vont bien se passer.



© Ourson Chéri







Commentaires

Marie a dit…
Ahaha j'adore, bonne vacances bien méritées, alors, ici c'est l'inverse on en revient !

Bizarrement moi aussi je n'avais plus le même sentiment en partant, il faut dire que se farcir 11h d'avion avec un bébé de deux mois c'était comment dire...rock&roll ! Mais le voyage en train avec un bébé qui n'est plus vraiment un bébé et qu'il faut occuper, je pense que c'est un challenge du même acabit !

Profites en bien :)
Anonyme a dit…
J'ai beaucoup rit en lisant ton article et je me retrouve dans ton histoire car je suis maman de 2 filles 2 ans et demi et presque 6 ans. J'aime beaucoup ton sens du détail qui fait que l'on se projette vraiment bien dans tes histoires. Bonnes vacances
Emilie Buades a dit…
Haha excellent ! L'an dernier on a fait Marseille/New York avec ma fille de 2 ans et moi enceinte de 4 mois... L'horreur absolue ! La douane, les portiques de sécurité,la poussette archi pleine à vider, à plier pour la mettre sur le tapis, enlever les chaussures, celles de ma fille, ouvrir le biberon et le doliprane, des fois que ce soit dangereux, etc etc.... Et une fois dans l'avion.... n'en parlons pas ;)
Bref, bonnes vacances quand même, ça vaut le coup de galérer qqs heures, ne pense pas au retour !!!
Anonyme a dit…
Comme toujours, j'ai aimé ton texte, le sujet, les mots et clins d'oeil. Le petit et ses bouclettes, ��. Oui tes vacances �� vont bien se passer....Alors mega bonnes vacances à toi et ta petite tribu, le bonjour à la tata ;)
Merci les filles pour vos commentaires!
Ca valait le coup du train ces vacances ;)

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