Pour lui, pour nous, pour la vie {Un nouveau cocon}

J'ai mal à la gorge, je me suis mouchée 17 fois depuis mon réveil, j'ai mis les premières fringues que j'ai trouvées dans la pénombre, celles qui dépassaient d'un carton entrouvert, zappé le mascara et oublié de me coiffer. Je suis un as de pique malade et fatigué, mais je vais passer une bonne journée. Ma vie a un peu changé.
Hier, j'ai déménagé. 

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On est partis. Voilà. 
J'avais hâte, vraiment hâte. Je suis tombée amoureuse de notre nouvelle maison, j'ai su tout de suite que ce serait chez nous. 
N'empêche. 
Hier je l'ai vu vide, cet ancien chez-nous et tout est revenu, comme dans un film. On est arrivés là on était deux et demi. Je ne savais pas. J'ai fait des faux négatifs dans ces toilettes, je l'ai annoncé à David dans ce salon. Là, à cet endroit. J'ai traîné dans la deuxième chambre vide quand j'ai su que c'était un garçon et j'y ai appris à changer ma projection. On mettra du bleu ciel et du gris souris. C'est joli aussi. Du blanc. Oh, et je lui achèterai des petits polo et des mini mocassins.  
Je vais avoir un fils. Moi. Qui pensait que je n'aurais que des filles, comme ma mère. Je serai finalement une "maman de garçon". C'est si spécial à mes yeux. Je ne savais pas que ce serait pour moi. Et pourtant. J'ai eu un fils. Mon petit garçon.

Il y a cette cuisine qui me donnait la nausée au premier trimestre, avec une odeur que seule moi pouvait détecter et que j'ai détestée pendant 6 semaines, puis oubliée pendant deux ans. Tu te souviens quand on s'est embrouillés à cause d'un pavé de saumon et que je t'ai chassé de la cuisine en te poussant dehors ? Foutues hormones. Cette salle de bains et cette douche à l'italienne que j'aimais tellement, sous laquelle je me détendais enfin j'essayais quand je faisais du faux-travail.
Cette chambre, notre chambre. Notre coin, nos séries, nos films, nos marathons Seigneur des Anneaux, nos plateaux télés avec des miettes énervantes dans les draps, nos fous rires interminables, nos baisers les plus amoureux, nos jambes qui se touchent deux fois avant de dormir pour dire je t'aime, nos grasses mat les moins précieuses, celle de l'époque où l'on ne connaissait pas encore leur valeur. Et surtout ce couloir, ce foutu couloir dans lequel je gesticulais pour vérifier que j'étais bien en train de perdre les eaux, toi qui hurlais que je niquais le parquet, et moi, qui dansait en peignoir. On va être parents. On l'a su là, dans cet appartement.

Il a été marqué par ma grossesse. J'ai vu tout l'avant Aaron défiler devant moi. Et puis j'ai vu l'après. Lui et ses 53 cm dans son gilet bleu tricoté par son arrière grand-mère, lui dans son couffin quand on est rentrés de la maternité, la première nuit à la maison, quand on est perdus avec une poupée vivante dans nos bras et le cœur prêt à exploser d'amour. Le premier Noël, quand il avait trois semaines, et qu'il a fallu 3 personnes pour réussir à lui changer sa couche. Lui qui rampe sur la moquette bleue de sa chambre, lui qui se met debout dans son lit, lui qui marche dans l'entrée avant même qu'on ne lui enlève son manteau, lui qui parle pendant le déjeuner. Lui qui me dit son prénom sur sa chaise haute et moi qui pleure. Trop d'émotion. Lui qui joue à cache-cache dans mon dressing, lui qui rit aux éclats, lui qui nous appelle quand on regarde la télé dans le salon, parce qu'il nous entend, parce que sa chambre on ne la ferme jamais complètement et ça fait 2 ans. Lui, qui a rendu cet appartement vivant. 

J'ai claqué la porte en souriant et j'ai constaté que je n'avais rien revu des "mauvais souvenirs". Maintenant que j'y pense, il y a bien eu ces nuits interminables à le bercer dans sa poussette entre l'entrée et la chambre, le reflux, les missions gaviscon, le babyphone qui répandait la terreur sur nos tables de nuit dès qu'il s'allumait alors qu'on rêvait. Les dents, les fois où on l'a mis au coin. Avec le temps, tous les souvenirs sont bons. Ses dents sont sorties quand il avait 4 mois et maintenant il a le plus beau sourire de la Terre. Parfois, oui, on le met au coin, pour réfléchir, se calmer, et puis on compte dans notre tête jusqu'à 30 et quand on va le retrouver il se jette dans nos bras pour le meilleur calin-explicatif-assis-en-tailleur de l'univers.

Voilà mon petit cœur, on s'en va. On change de maison, il faut que j'arrête de dire maison puisque c'est un appartement, mais on s'en fout, c'est la maison, tu comprends ? Tu auras une nouvelle chambre, il y en a même une autre, vide, pleine de cartons, elle est là pour le jour où tu seras grand frère, ça arrivera un jour ça, tu sais ? Il y a une terrasse, pour fêter l'anniversaire de ceux nés l'été et faire des siestes sur un canapé rond avec le ciel bleu comme horizon. Ce sera chez nous et bien sûr, chez toi, d'ailleurs, tu sais, c'est sûrement pour toi qu'on a fait tout ça. 
On va s'en refaire des souvenirs. 
Plein. 
On a encore trop à vivre, ici, ailleurs, maintenant, demain, au bout du monde et au coin de la rue. 

On a passé la journée la plus épuisante. Je suis malade, j'ai le dos en compote, toi tu nous sors une toux aboyante et un 38,8 au réveil, ton père a failli perdre un bras et ses orteils. Mais on est arrivés. 

On a tout lâché, on a mangé un japonais, et puis on t'a couché dans ta nouvelle chambre, il y avait Coco, Mana, Dory, Chien-Chien. T'as rien dit, t'étais tout sage et tu t'es même endormi. Puis on t'a entendu tousser 4,5 fois, pleurer un peu, alors on est venus te chercher, et puis on a dormi ensemble, crevés, en miettes, mais tous les trois, serrés forts sous la couette, à se caresser la main. D'autres fois ce sera pour un cauchemar, d'autres fois ça n'arrivera pas. C'est chez nous maintenant, et ce sera notre cocon, notre maison, notre refuge après une journée de merde, après un RER en panne ou après une mauvaise note à l'école. 
On est là, on ne se quitte pas. Rien, jamais, ne nous séparera.  


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Pssst.  Vous dormez ? 

Moi non plus.

Je vous aime trop, vous le savez

Bonne nuit, mes amours de ma vie.  












Commentaires

Cécilia a dit…
Très joli article, c'est toujours un plaisir de te lire ! Beaucoup de bonheur à vous trois dans votre nouvelle maison.
Cécilia a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Lisa Girardi a dit…
Un pur bonheur de te lire Delphine. Tu fais passer beaucoup avec des mots et je prend toujours énormément de plaisir à te lire ❤️
Anonyme a dit…
Comme toujours ce texte me met plein d'émotions, plein de belles choses dans votre nouveau "chez vous". Je te suis ici et Insta et j'adore vraiment tes textes, ils me mettent les larmes au yeux parfois car tu décris mes sentiments d'une maman d'un bébé de 2 ans...
Clara Afrt a dit…
Quel bel article Delphine ! C'est toujours un plaisir de te lire.... j'arrive à ressentir chacune de tes émotions c'est fou. Il m'est même déjà arrivé de passer plus d'une heure à relire pleins de tes anciens articles, tu imagines ? Vraiment, j'adore.
Bisous à toi ♥️

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