Je suis cette maman... qui ne reconnait plus son corps

C’est pas de ma faute c’est la frangipane.
J’aime la bouffe. Je la vénère. J’aime le crépitement du beurre qui mousse sur la poêle brûlante avant d’y jeter une escalope de poulet bien poivrée. Je m’enivre du parfum de l’huile d’olive, suis droguée au comté saupoudré de 5 baies et amoureuse de la baguette qui croustille sous mes doigts. Je fonds comme le chocolat noir un peu salé sous ma langue mélangé aux cerneaux de noix. Je jeûne une fois par an et pendant mon jeûne je suis hantée par la couleur ambrée du sirop d’érable qui vernit des pancakes moelleux encore un peu fumants. La cuisine est mon terrain de jeu, la table ma salle de concert. Je suis une amoureuse des bonnes choses et j’ai été mince toute ma vie. Taille 36, forme sablier. J’avais même des petits abdos, juste à force de rigoler. J’étais celle qui rêve de perdre 3 kilos pour être mieux, mais qui ne tenait pas le moindre régime plus de 2 semaines à cause de son coup de fourchette. Je suis tombée enceinte, et mon métabolisme jusqu’ici plutôt amical m’a lâchée. J’ai payé le moindre écart. Plus 8 kilos en 4 mois, +18kg à 39 SA. Une première fois. Et puis une seconde, l’année dernière. Même tarif, +18kg en l’espace de quelques mois.
Depuis, tout a changé.

J’ai accouché il y a plus de 7 mois et je n'ai pas retrouvé mon corps.
Je suis une autre. Le constat est sans appel, la moitié de ma garde-robe est au chômage calorique, la balance affiche un chiffre que je n’avais vu que lorsque j’étais enceinte de plusieurs mois. En photo, je me surprends désagréablement. Je ne me reconnais plus, ni en maillot, ni toute nue. Ce n’est pas moi, c’est quelqu’un. Je m’en veux d’avoir été si plaintive à l’époque où mon ventre se tenait à la force de mes fous rires, je lui en veux d’avoir l’air d’un ballon dégonflé que je dois constamment rentrer. Je dois réfléchir à mes vêtements. Celui-ci me fait des grosses cuisses, pas ça, je vais devoir arrêter de respirer toute la soirée. J’ai plus de hanches, des cuisses plus rondes, une taille plus large et des bras plus potelés. Même mes bagues sont encore trop serrées. En vêtements, on ne me croit pas, on prétend que je suis bien, que j'ai retrouvé ma ligne. Pourtant, je ne suis plus "moi". 
Maintenant, je ferme les yeux en soupirant quand je vois mon reflet, j’enfile ce qui me va plus ou moins et je chasse ma déception en pensant à ce futur régime, à ces résolutions. Je ne les tiens pas parce que mes désirs sont des ordres et la galette des rois une orgie que je n’arrive pas à me refuser.

Il y avait pourtant eu de l’euphorie, lors du premier mois post-partum.
Quand on s’est vue aussi énorme, avec un ventre prêt à exploser et le souvenir d’un profil qui défiait la gravité... les premières semaines sont plutôt encourageantes. Il reste un peu de tout, un peu partout, au niveau du ventre c’est tout mou, c’est encore arrondi, mais dans l’ensemble on retrouve une taille « humaine », et moi ça m’a fait me sentir jolie.
J’ai toujours eu l’inverse du baby blues, après mes deux accouchements j’étais là plus heureuse de la terre, une sorte de bouleversement hormonal qui me fait planer comme un ado qui fume pour la première fois. Rien ne m’atteint, la vie est belle, les oiseaux chantent, et moi je suis high comme après une péridurale.
En maillot de bain ça débordait comme un muffin, rien n’était parfait, mais à jeun le matin j’avais une taille plus fine et ça me faisait déjà plaisir de deviner les esquisses de mon ancien corps qui revenait. Tranquillement. Et allez, que je te reprends une dernière glace, no stress, après tout c’est l’été.

C’est à 3 mois post-partum que ça c’est corsé.
Je n’ai pas repris le sport ni le régime autant que je me l’étais promis, j’ai parfois mollement grignoté une pomme avant de dormir quand je rêvais de ma traditionnelle gourmandise du soir, celle que je mange toujours dans mon lit devant une série avant de dormir.
Faire un régime, c’est renoncer, et moi je ne peux pas vivre sans gruyère râpé. J’ai attendu et espéré, que mon corps d’avant se refasse un chemin entre deux tranches de pain au blé complet. Trop degueu, j’ai jeté le paquet.

J’ai repris le travail, les heures de transports quotidiens ne m’ont pas plus aidé que mes semaines de maman au foyer, il y a eu les « fêtes », celles qui vous filent 2 kilos dans chaque joue. Et puis il y a eu les paillettes du nouvel an, les promesses de résolutions, quelques tentatives échouées à cause de la fève... Après promis j’arrête, enfin je commence. Lundi. C’est bien, lundi.

On arrive à 7 mois et c’est la claque. La grosse claque. Elle est grande ma Neva. Je vois des mamans accoucher, et reprendre le sport en courant. Je vois des bébés 3 fois plus jeunes que le mien et des corps de maman déjà plus sveltes. Je ne sais pas si c’est la nature ou la détermination mais j’ai un peu honte de mon manque de motivation. A croire que j’aime les pâtes plus que ce corps qui me tient debout, ce corps qui a fait tellement pour moi. 
Ça fait 7 mois, et depuis quelques semaines je « fais attention ». Plus de légumes le soir, des repas moins riches, éviter le gras, le sucré, écouter le ministère de la santé.
Je dois apprendre l’effort, moi qui avait tout eu sans y penser pendant 10 ans. La roue a tourné et maintenant tout va changer. Je vais compter les cuillères d’huile d’olive, moi qui la renversait en cascade sur ma salade. Je vais troquer le beurre et la poêle pour le panier-vapeur. Je vais apprendre, cette sombre histoire de céréales et de pain blanc, de viande rouge trop riche, de légumineuses, d’oméga 3 et de bon gras. Je vais l’apprendre par cœur et l’avaler sans la saler.
Quelques centaines de grammes commencent à décoller, doucement, peut-être sûrement, peut-être bien que ça va marcher finalement. J’aurai mis le temps. Je ne ferai plus jamais partie du club des filles qui plongent leur main dans un bol de chips sans penser une seconde au film gras qui va rester sur leurs cuisses et sur leurs doigts.

J’aime les Golden Menu sauce chinoise, les hot wings et les tenders. Mais j’aime aussi mon ventre aplati, j’aime bien fermer le bouton sans vivre en apnée, j’aimerai bien me plaire à nouveau en bikini et tous les jours de ma vie.
Ma confiance en moi était une peau de chagrin. J’ai eu deux enfants et maintenant que je veux récupérer les lambeaux. Je veux la réparer. Plus forte et plus fière. Faire de mon corps mon meilleur allié, c’est lui qui a glorieusement porté deux bébés. Il n’est pas mon ennemi, il est mon nouveau challenge.
Et après 7 mois à reprendre toujours un « dernier » verre de Coca, je me sens prête. C’est devenu un besoin viscéral, une envie d’être soi quand le reflet et l’imaginaire ne coïncident pas. 

Ça peut sembler superficiel, futile, bête. Je ne veux pas d'un corps préformaté ni d'un idéal instagramé. 
Je veux juste retrouver mon vrai moi
Je vais reprendre mon identité.









Commentaires

Le lapin blanc a dit…
Je découvre ton blog, et j'aime tellement tes textes... Le fond, la forme. Merci pour ce partage. Je me retrouve dans beaucoup d'entre eux, les larmes aux yeux. Celui ci aussi d'ailleurs ! Je suis dans cette phase où je ne reconnais pas mon corps mais la fatigue des nuits difficiles rend le sucre indispensable (on va dire ça !). Le déclic c'est important je crois, donc c'est bien parti pour toi!
Anonyme a dit…
Hello jolie Delphine,
Encore un article très bien écrit!
Les corps c'est comme la nourriture qu'on peut voir sur Instagram: c'est scénarisé et ressemble rarement à ça dans la vraie vie.
Du coup on est programmés pour culpabiliser. Mais tu n'as rien à leur envier.

Ne sois pas si exigeante avec toi même, ça rend heureux de manger!

J'espère que l'inondation est passée, je t'embrasse.

Charlotte B
Nadia a dit…
Et dire que quand je regardais tes photos je me disait qu' elle chanceuse elle n a pris que du ventre pendant sa grossesse. Une fois de plus je me reconnais dans tes ex
Si beaux ecrits...3 enfants en 6 ans et mon 36 est un vieux souvenir...pourtant j'essaye de les perdre ces 5 kilos qui gâchent tout....Mais j aime trop manger j aime trop la vie . Je tiens quelques jours quelques semaines...puis je me dit 38 c est pas si mal aller encore un carré de chocolat lundi régime.
Jesuismaman a dit…
Tellement mais tellement vrai et représentatif ton article... Je me retrouve dans beaucoup de tes post c'est dingue. Merci pour cette belle écriture ...
Made-by-mom a dit…
Superbe. J’aime beaucoup cette façon d’écrire. Cette façon d’allier l’humour à l’authenticité. Biensure je me retrouve un peux dans tes mots. Un grand bravo.
Chloé a dit…
Superbe article... je me suis tant reconnue... merci 🙏🏻 pour tout, il m’a redonné du courage! A moi les exercices lundi matin ☺️

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